Rwanda, l'Opération Turquoise
Avant propos
Certains parmi nous ont eu l’honneur de servir au Rwanda, en 1994, dans le cadre de l’Opération Turquoise.
Ils y sont allés avec leurs armes, leurs ordres et leurs convictions de soldats, mais surtout avec la mission de protéger et de sauver des vies au cœur d’un pays livré à l’une des plus effroyables tragédies de notre époque.
Ils ont découvert une réalité que les livres et les discours ne pourront jamais totalement restituer, des populations massacrées, des familles brisées, des enfants abandonnés, des hommes et des femmes terrorisés, et la violence partout présente. Face à cette horreur, ils n’ont pas détourné les yeux. Ils ont fait leur devoir.
L’Opération Turquoise fut une opération militaire française conduite sous mandat des Nations unies. Ceux qui y participèrent furent engagés dans des conditions particulièrement difficiles, avec les contraintes inhérentes à toute opération militaire et la responsabilité immense de devoir décider et agir dans l’urgence.
Pourtant, pendant des décennies, certains ont voulu faire de ces soldats les complices de ce qu’ils étaient précisément venus combattre.
Cette accusation, nous la refusons.
Nous la refusons non pas par esprit de clan, ni par volonté d’effacer les drames du Rwanda, mais parce que l’honneur commande de distinguer les faits des amalgames, les responsabilités politiques de l’action des militaires et les accusations des vérités judiciairement établies.
La justice française a eu à connaître de ces accusations. Après une instruction qui aura duré de nombreuses années, un non-lieu a été rendu concernant les militaires français mis en cause dans le dossier de Bisesero. Ce non-lieu a été confirmé par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris et, le 9 septembre 2026, la Cour de cassation a rejeté les pourvois formés contre cette décision.
La procédure est désormais définitivement close.
Voilà un fait. Un fait judiciaire. Et ce fait ne peut être balayé d’un revers de main parce qu’il dérange certains récits.
Nous n’acceptons pas que l’uniforme français devienne un bouc émissaire commode. Nous n’acceptons pas que des hommes qui ont servi leur pays soient condamnés dans l’opinion publique pour des faits que la justice n’a pas retenus contre eux.
La France peut reconnaître ses erreurs lorsqu’elles sont établies. Elle peut regarder son histoire en face, sans faiblesse et sans complaisance. Mais regarder son histoire en face ne signifie pas salir ceux qui l’ont servie.
Un soldat français ne choisit pas toujours la guerre, ni le lieu où il sera envoyé. Il reçoit une mission. Il l’accomplit. Il agit avec les moyens dont il dispose, dans le respect de ses ordres, de ses règles d’engagement et de son éthique.
En 1994, au Rwanda, des Français ont été confrontés à l’indicible. Ils ont vu ce que l’homme peut faire à l’homme. Et malgré cela, ils ont continué à avancer.
Nous leur devons la vérité. Nous leur devons le respect.
Nous leur devons de ne pas laisser l’histoire être écrite à leur place par ceux qui n’étaient pas là.
Ce témoignage est aussi un acte de mémoire.
Il est dédié à ceux qui ont servi sous le drapeau français au Rwanda.
À ceux qui ont porté leurs camarades. À ceux qui ont protégé des civils.
À ceux qui ont sauvé des vies. À ceux qui, parfois, ont dû vivre pendant des décennies avec le poids de ce qu’ils avaient vu.
Et surtout, à ceux qui sont revenus avec la conviction d’avoir fait ce que commande l’honneur militaire, servir, protéger et accomplir la mission.
Ils n’ont pas à rougir d’avoir porté l’uniforme français.
Nous non plus.
Louis Perez y Cid
l'affront lavé
9 Septembre 2026 : Non-lieu confirmé pour des militaires français dans l’enquête sur les massacres de Bisesero en 1994
La justice française a confirmé le non-lieu prononcé en faveur de militaires français dans le cadre de l’enquête sur une éventuelle « complicité de génocide » dans les massacres de Tutsi à Bisesero, au Rwanda, en 1994.
Les associations Survie, Ibuka, FIDH (Fédération internationale pour les droits humains), LDH (Ligue des droits de l’Homme) et Licra, ainsi que six rescapés reprochaient aux militaires français d’avoir abandonné les civils tutsi réfugiés dans les collines de Bisesero (ouest), laissant se perpétrer le massacre de centaines d’entre eux par des Hutu, du 27 au 30 juin 1994. La France était alors présente au Rwanda via l’opération Turquoise, à but humanitaire.
La Cour de cassation, plus haute juridiction de l’ordre judiciaire français, a estimé dans son arrêt mercredi qu' « il n’appartenait pas aux militaires présents sur place d’agir sans avoir reçu un ordre précis émanant de leur hiérarchie, c’est-à-dire du ministère de la Défense ».
Les juges « relèvent encore qu’aucun élément ne met en évidence une intention de la part de ces officiers de faciliter la commission des crimes sur les civils tutsi », précisant que le délai de trois jours avant l’intervention des secours a été celui de « l’éclaircissement d’une situation qui demeurait alors encore confuse ».
Les conclusions de la justice sont claires et définitives : « Lors des événements de Bisesero les forces militaires françaises déployées au Rwanda ne se sont pas rendues complices par abstention de crimes de génocide et de crimes contre l’humanité commis sur des civils tutsis ». La Cour de Cassation est venue ce jour confirmer « le caractère approfondi de l’enquête diligentée. »
Le général Jean Claude Fourcade, chef de l'opération turquoise c'était exprimé.
Dans cette affaire, j’ai constaté pendant plus de 20 ans un acharnement médiatique et politique de la part de personnalités diverses entretenant la thèse de la culpabilité des militaires français et qui se sont révélés être davantage des militants que des journalistes ou des chercheurs. Ceux-là, qui se reconnaîtront aisément, sans oublier le régime de Kigali, ont fait beaucoup de mal à nos soldats
Ils ont participé à cette opération de désinformation et d’insinuations par des commentaires publics, des articles, des interviews, des livres, la participation à des colloques orientés ou par des pétitions visant à faire pression sur la justice de notre pays.
Ils devraient aujourd’hui avoir à rendre des comptes pour avoir porté atteinte à l’intégrité morale des soldats français accusés à tort des crimes les plus graves. Sont-ils capables de faire leur mea-culpa pour rendre leur honneur aux militaires bafoués ?
Pendant 20 ans la sphère médiatique dans son ensemble a complaisamment relayé les thèses infamantes et les affirmations péremptoires mensongères de ces accusateurs. Les responsables de rédaction devraient s’interroger sur leur soutien à cette désinformation odieuse et injuste. Je leur demande de prendre acte de la décision de la Cour de cassation qui a valeur historique. C’est le moins que nous puissions attendre de professionnels de l’information, afin de réhabiliter l’action des soldats français.
Je rappelle que l’opération Turquoise a été menée avec humanité, impartialité et dans le respect de l’éthique qui caractérise l’armée française. La France a été le seul grand pays à intervenir pour mettre fin au génocide. Réalisée dans des conditions éprouvantes et complexes elle a permis de sauver des milliers de vies et de soigner de très nombreuses victimes.
« Il est grand temps que les soldats français de Turquoise, maintenant réhabilités, puissent afficher la fierté de ce qu’ils ont accompli au Rwanda en 1994. »