Le dernier combat, la solidarité légionnaire
Par Christian Morisot
Construire une Institution pour ceux qui servirent la Légion étrangère et qui, maintenant sont vieux, sont las, sans moyens sur le plan physique ni sur celui du moral, sans utilisations militaires possibles, alors qu’ils ne connaissaient plus que le métier des armes. Convenez qu’ils excellaient.
Grâce à cette Institution, ils peuvent au soir de leur vie, maintenant crépusculaire et écourtée par la dure existence qu’ils ont menée ; finir leurs jours ici, dans le pays de Paul Cézanne à Puyloubier. Havre de grâce, sorte d’îlot de tranquillité à la fin d’une existence tourmentée, une sorte d’infirmerie où ils pansent les meurtrissures du corps et celles du cœur et de l’âme qui les menèrent à la Légion et qui ne sont pas toujours cicatrisées. Une Institution où ils meurent à leur grand étonnement, dans leur lit au lieu que ce soit quelque part, n’importe où guidé par le hasard.
Magnifié le roman de geste qui, aux couleurs « verte et rouge », promenèrent les légionnaires qui baladèrent la grenade à sept flammes et le drapeau français aux quatre coins du monde.
Ce n’est pas là une simple tournure de rhétorique, une quelconque formule à l’emporte-pièce, mais bien une rage froide, une manière de volonté concentrée de dire : la France et les Français, paisibles et pacifiques, pacifistes même, répudient la guerre comme moyen politique parce qu’ils l’ont beaucoup faite.
La grandeur de la France, ce furent, bien entendu, ses philosophes et ses artistes, ses littérateurs et ses savants, mais ce furent aussi, en dernière analyse et quand il le fallut, ses soldats, ses hommes de guerre et ses gloires militaires. Ce que l’on appelait autrefois le dernier argument des rois : « Ultima ratio », la force politique de l’épée.
Il est bon que l’on sache aussi que le légionnaire sait poser et non déposer son arme en sacrifiant au mot magique : Paix ! Mais que l’on sache aussi que chaque légionnaire est prêt à cet héroïsme anonyme et collectif de défendre ce qui est de plus cher à son pays d’adoption : la liberté.
Comment ces hommes qui n’étant pas français et qui se sont battus pour la France pourraient-ils s’intégrer dans la famille française sans l’accueil, sans la sollicitude et la reconnaissance des Français.
La cause est plus profonde qu’elle n’y paraît et surtout émouvante, elle est humaine ; c‘est une croisade contre l’égoïsme et l’ingratitude. Le légionnaire ne recule devant aucun danger mais il sait à l’occasion être un bâtisseur…
Il représente l’antithèse de la destruction pure et dure, c’est pourquoi son bastion « vert et rouge » en fait un homme de demain.
L’Institution des Invalides de la Légion étrangère un des « PK0 » de la solidarité légionnaire, le point de départ et le point de ralliement d’une fraternité qui, elle, ne prend jamais fin.