Lettre de mon jardin 17
Mon Cher Ami,
J’ai l’œil renseigné de l’octogénaire, un personnage à la mémoire saturée pour avoir fait le tour des choses et qui arrive au bout d’un long chemin semé d’embûches et qui me fait me présenter les mains lisses, celles d’un bourgeois, raffiné juste ce qu’il faut, pour afficher une forme de culture au point parfois d’agacer...
En fait, ma vie, je l’ai vécue en prise directe, apprenant à vivre à la Légion étrangère d’une autre manière que ce bourgeois raffiné cité. J’y ai appris que notre société s’abrite des hommes ou s’accommode d’eux. Pour moi, l’adaptation à la vie de légionnaire était devenue familière, quand il le fallait, silencieuse, si nécessaire et capable de désinvolture autant que de gravité.
J’avais en moi, le sentiment du droit par la satisfaction d’avoir raison et la joie de l’estime de soi, ces ressorts puissants qui me permettaient de tenir debout (Momo-erectus), diraient certains de mes amis. Toutes choses banales, en sorte, qu’un homme ne peut ignorer et l’empêcher de devenir un de ces chiens écumants produits d’une société sans repère. Je me souviens que pour me donner une impression de grandeur, dans ma petite enfance, je montais au plus haut des dunes dominant la mer encore baignée de lumière, au-dessus de ces fourmis humaines que je contemplais du haut de ma grandeur.
A chaque fois, imagination aidant, je jetais une bouteille à la mer, océan d’archives pour détromper les générations futures et leur expliquer par écrit que dans la période où il m’avait été donné de vivre pleinement ma jeunesse, celle-ci n’était pas seulement un âge de l’existence, mais une valeur suprême où dans cette période d’après la seconde guerre mondiale, il était difficile d’échapper à la nécessité de faire la fête. Il y avait fête de tout.
Comme l’écrivait un auteur célèbre : “rien ne pouvait être glorifié, affirmé ou même apparaître qu’à travers les fastes de la fête : « Homo Erectus festif » régnait sur le jour et la nuit, sur la semaine et le dimanche, bref partout, seul but d’une vie sans intérêt”. Le frisson de l’interdit assurait une confortable interdiction d’interdire dont une fausse révolution devait laisser des traces indélébiles…
Je n’ai découvert le mouvement “mai 68” que très tard, pendant ce temps-là, j’étais à Madagascar et je n’avais aucun goût pour les prévisions des horoscopes et des informations, mon avenir, je le vivais au présent à pleines dents et... je ne pensais là aussi qu’à festoyer...
Mon cher Ami, je divague, bien sûr, cela me fait le plus grand bien de dire n’importe quoi. Il est vrai aussi que ton propos où tu exclames sans complexe une satisfaction indécente d’un vécu exemplaire m’inspire mille et une choses...
L’écriture avant l’avènement des « textos » était une activité calligraphique courtoise et relevait d’une certaine délicatesse inspirée par une élégance de cœur. Aujourd’hui on affiche dans les librairies et dans les bibliothèques de lycées la liste des droits du lecteur : “le droit de ne pas lire, le droit de sauter les pages, le droit de ne pas finir un livre, le droit de lire n’importe où, le droit de lire à voix haute”, ils en oublieraient presque le droit de se taire...
Je me souviens aussi de ce vieux pépé solitaire, curieux et mystérieux bonhomme que je fréquentais dans mon enfance et qui hurlait en parlant de la transformation que nous faisions du mot : « Monsieur ».
De son temps disait-il, c’était être poli est se reconnaître obligé, aujourd’hui, ce n’est pas s’affirmer mais s’amoindrir, c’est s’incliner » et de rajouter en conclusion qui sera celle aussi de ces irrévérencieux écrits : « Il y a bien plus qu’une simple comédie humaine et sociale dans tout cela, mon bon Monsieur !». Même à la Légion, il ne suffit plus d’être tout simplement légionnaire, il faut être monsieur-légionnaire !
Surtout ne vois pas dans cette courte missive un quelconque message, il n’y en a pas et mes propos n’ont d’autre ambition que de garder avec toi un contact bienveillant au risque de parler de tout et de rien, de n’importe quoi, histoire de faire en ta compagnie un bout de route sur le chemin de l’amitié.
Comment pourrait-il en être autrement, au regard de ce qui se passe dans le monde et en Europe en particulier, que de faire le choix de parler de tout et de rien, sans fil conducteur, bienheureux celui qui peut se retrouver dans cette confusion où domine l’incohérence, l’intolérance, la haine et l’incompréhension.
Ce n’est pas mon cas malheureusement, trop de choses sont cachées pour pouvoir discuter sérieusement avec cohérence, aussi je me garde de tout commentaire inutile dès lors qu’il m’est impossible d’imposer les valeurs qui sont les miennes et qui ne peuvent être défendues dans un pays qui prend chaque jour une orientation qui ressemble à un changement de civilisation où les bernard-l’hermite prendront la place des indigènes qui ont déjà fait montre d’une affligeante collaboration dans un temps pas si lointain…
Bien à toi.
Comme l’écrivait un auteur célèbre : “rien ne pouvait être glorifié, affirmé ou même apparaître qu’à travers les fastes de la fête : « Homo Erectus festif » régnait sur le jour et la nuit, sur la semaine et le dimanche, bref partout, seul but d’une vie sans intérêt”. Le frisson de l’interdit assurait une confortable interdiction d’interdire dont une fausse révolution devait laisser des traces indélébiles…
Je n’ai découvert le mouvement “mai 68” que très tard, pendant ce temps-là, j’étais à Madagascar et je n’avais aucun goût pour les prévisions des horoscopes et des informations, mon avenir, je le vivais au présent à pleines dents et... je ne pensais là aussi qu’à festoyer...
Mon cher Ami, je divague, bien sûr, cela me fait le plus grand bien de dire n’importe quoi. Il est vrai aussi que ton propos où tu exclames sans complexe une satisfaction indécente d’un vécu exemplaire m’inspire mille et une choses...
L’écriture avant l’avènement des « textos » était une activité calligraphique courtoise et relevait d’une certaine délicatesse inspirée par une élégance de cœur. Aujourd’hui on affiche dans les librairies et dans les bibliothèques de lycées la liste des droits du lecteur : “le droit de ne pas lire, le droit de sauter les pages, le droit de ne pas finir un livre, le droit de lire n’importe où, le droit de lire à voix haute”, ils en oublieraient presque le droit de se taire...
Je me souviens aussi de ce vieux pépé solitaire, curieux et mystérieux bonhomme que je fréquentais dans mon enfance et qui hurlait en parlant de la transformation que nous faisions du mot : « Monsieur ».
De son temps disait-il, c’était être poli est se reconnaître obligé, aujourd’hui, ce n’est pas s’affirmer mais s’amoindrir, c’est s’incliner » et de rajouter en conclusion qui sera celle aussi de ces irrévérencieux écrits : « Il y a bien plus qu’une simple comédie humaine et sociale dans tout cela, mon bon Monsieur !». Même à la Légion, il ne suffit plus d’être tout simplement légionnaire, il faut être monsieur-légionnaire !
Surtout ne vois pas dans cette courte missive un quelconque message, il n’y en a pas et mes propos n’ont d’autre ambition que de garder avec toi un contact bienveillant au risque de parler de tout et de rien, de n’importe quoi, histoire de faire en ta compagnie un bout de route sur le chemin de l’amitié.
Comment pourrait-il en être autrement, au regard de ce qui se passe dans le monde et en Europe en particulier, que de faire le choix de parler de tout et de rien, sans fil conducteur, bienheureux celui qui peut se retrouver dans cette confusion où domine l’incohérence, l’intolérance, la haine et l’incompréhension.
Ce n’est pas mon cas malheureusement, trop de choses sont cachées pour pouvoir discuter sérieusement avec cohérence, aussi je me garde de tout commentaire inutile dès lors qu’il m’est impossible d’imposer les valeurs qui sont les miennes et qui ne peuvent être défendues dans un pays qui prend chaque jour une orientation qui ressemble à un changement de civilisation où les bernard-l’hermite prendront la place des indigènes qui ont déjà fait montre d’une affligeante collaboration dans un temps pas si lointain…
Bien à toi.
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