Puyloubier, PK0 de la solidarité légionnaire
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Par Louis Perez y Cid
Certaines Amicales d’Anciens de la Légion étrangère sont implantées auprès d’un régiment, d’autres sont établies loin de toute unité, parfois même à l’étranger. Toutes ont pourtant en commun l’essentiel, faire vivre, entretenir et transmettre la solidarité qui unit ceux qui ont servi sous le képi blanc.
L’Amicale de Puyloubier, du Pays d’Aix et de la Sainte-Baume possède, elle, une particularité singulière, son siège est établi au domaine Capitaine Danjou, à Puyloubier, au cœur même de l’Institution des Invalides de la Légion étrangère.
Cette implantation n’est pas seulement géographique. Elle est porteuse de sens.
Car l’Institution de Puyloubier n’est pas un établissement comme les autres. Elle est née en 1954, au lendemain de la guerre d’Indochine, alors que la Légion étrangère venait de payer un lourd tribut, près de 12 000 morts, auxquels s’ajoutaient des milliers de blessés et d’invalides.
Pour ces hommes, il fallait un lieu. Un lieu où ils puissent être soignés, accompagnés, régulariser leur situation administrative, mais aussi retrouver une activité et préparer une nouvelle étape de leur existence.
L’armée française acquit alors le domaine dit « du Général », à Puyloubier, au pied de la montagne Sainte-Victoire. Ainsi naquit l’Institution des Invalides de la Légion étrangère.
Son caractère demeure exceptionnel, elle est portée par la Légion d’active au profit de ceux qui ont servi dans ses rangs. Cette continuité entre les légionnaires en activité et ceux qui ont quitté le service constitue l’une des expressions les plus concrètes de la solidarité légionnaire.
La réputation de l’Institution dépassera d’ailleurs rapidement les frontières de la Légion. En 1991, au lendemain de la guerre du Golfe, le général Norman Schwarzkopf, commandant des forces de la coalition, visita Puyloubier et signa le livre d’or de l’Institution.
Profondément impressionné par ce qu’il découvrit, il souhaita qu’un modèle comparable puisse être développé au profit des Marines américains.
Mais l’histoire de cette solidarité est bien plus ancienne que Puyloubier.
Dès 1832, la Légion avait acquis la villa Abd-el-Tif, à Alger, pour accueillir ses convalescents. D’autres structures virent ensuite le jour, en Algérie, au Maroc et en métropole. En 1908, le Bastion 84 ouvrait à Paris. En 1934, la Maison du Légionnaire d’Auriol était inaugurée par le général Rollet. À travers ces initiatives menées par d’anciens de la légion, une même fidélité s’exprimait déjà, prendre soin de ceux qui avaient servi.
Puyloubier s’inscrit donc dans cette longue histoire. Mais il lui donne une dimension particulière. Avec le temps, le domaine Capitaine-Danjou est devenu un lieu où se rencontrent toutes les générations de la Légion. Les légionnaires d’active y côtoient les anciens. Ceux qui ont encore toute leur force y retrouvent ceux que le service a éprouvés. Les visiteurs y découvrent une histoire qui n’est pas figée dans les livres, mais qui continue de vivre.
C’est sans doute pour cela que Puyloubier a progressivement acquis une place à part dans le cœur des légionnaires. Certains officiers et plusieurs commandants de la Légion étrangère l’ont d’ailleurs défini comme « le point concret de la solidarité légionnaire ».
Le cimetière en constitue l’un des symboles les plus forts.
Son carré Légion est devenu, au fil des années, un véritable Panthéon de la Légion.
Les cendres provenant des tombes dites « éternelles » de Sidi Bel Abbès y furent transférées en métropole. On y retrouve notamment celles du général Paul-Frédéric Rollet, figure fondatrice de la Légion moderne, du prince Aage de Danemark, officier de Légion, et du légionnaire Zimmermann, dernier légionnaire tué en Algérie.
Ces tombes, alignées le long du mur du cimetière, rappellent l’ancien carré de Sidi Bel Abbès. Elles furent rejointes en 1990 par les dépouilles de l’adjudant-chef Struzina, représentant les légionnaires morts en Indochine.
D’autres grandes figures de la Légion qui avaient exprimé le souhait d’y reposer les ont également rejointes, parmi lesquelles le lieutenant-colonel Jeanpierre et le général Olié.
Et puis il y a cette grille provenant de l’ossuaire des héros de Camerone, au Mexique, ainsi que les plaques de marbre de l’ancien monument aux morts de la Légion à Sidi Bel Abbès.
Camerone. Sidi Bel Abbès. Puyloubier.
Trois lieux, trois époques, mais une même mémoire.
Autour d’eux, les pensionnaires de l’Institution, ceux qui reposent au carré et ceux qui continuent de faire vivre ce lieu, donnant à cette mémoire une dimension profondément humaine.
Le carré Légion de Puyloubier n’est donc pas un lieu de nostalgie.
C’est un lieu de mémoire, de transmission et de rassemblement.
Ici reposent ceux qui ont servi, commandé, combattu, souffert et parfois incarné l’esprit même de la Légion.
C’est cette histoire, cette continuité et cette réalité humaine qui ont conduit le conseil d’administration de l’Amicale de Puyloubier à désigner, à l’unanimité, le domaine Capitaine-Danjou comme le PK0 de la solidarité légionnaire.
Le choix de cette appellation n’est pas une revendication. Il ne cherche pas à effacer ce qui a existé avant Puyloubier, ni à établir une quelconque hiérarchie entre les œuvres de solidarité légionnaire.
Il repose sur une évidence différente : Puyloubier est aujourd’hui le lieu où cette solidarité trouve son expression la plus complète et la plus visible.
Une borne matérialise désormais cette volonté, le « PK0 de la solidarité ».
Mais cette borne n’est pas une fin. Elle constitue le point de départ d’une démarche plus large, au profit de l’Institution des Invalides de la Légion étrangère, le projet « Légio Patria Nostra ». Ce projet s’articule autour de trois axes :
L’Escadron bleu
Le PK0 de la solidarité
Le Panthéon
L’Amicale porte cette initiative avec enthousiasme et dans une perspective de long terme, en lien avec la direction de l’Institution et la représentation régionale de la FSALE.
Pourquoi PK0 ?
Parce qu’un point kilométrique zéro n’est pas nécessairement le commencement chronologique d’une histoire. Il est le point à partir duquel on mesure, le point de référence, celui vers lequel on revient.
Et Puyloubier est devenu ce point de référence.
Depuis 1954, des générations de légionnaires ont franchi ses portes. Des blessés y ont été accueillis. Des anciens y ont retrouvé leurs camarades. Des familles y ont découvert l’histoire de leurs disparus. Des légionnaires d’active, comme des AALE de France et de l’étranger sont venus se recueillir. Et dans son cimetière reposent ceux qui ont laissé une part d’eux-mêmes dans l’histoire de la Légion.
Voilà pourquoi, pour notre Amicale, PK0 n'est pas un titre que l'on revendique, c'est une réalité que l'histoire a progressivement construite.
De Camerone à Sidi Bel Abbès, d’Auriol à Puyloubier, la solidarité légionnaire n’a jamais cessé d’évoluer.
Mais à Puyloubier, elle a trouvé un lieu où le passé, le présent et l’avenir peuvent se rejoindre.
Un lieu où l’on vient pour se souvenir, pour servir encore, pour se retrouver.
Un lieu où la devise Légion étrangère, « Legio Patria Nostra » prend aussi un autre sens, celui d’une fraternité qui ne s’arrête pas lorsque le service prend fin.
Puyloubier est ce lieu.
Puyloubier est notre PK0 de la solidarité légionnaire.