Camerone.
Au revoir, camarades
Par Jean-Marie Dieuze
Ce 30 avril, sur la place d'armes du Quartier Viénot, la Légion étrangère a célébré, selon son rite immuable, la commémoration du combat de Camerone.
Comme l'a voulu le Général Cyrille Youchtchenko, le thème de ce 163ᵉ anniversaire du combat de Camerone était : La noblesse de servir.
Parmi les nombreux instants de recueillement qui ont jalonné cette cérémonie, un geste, d'une rare intensité, s'est imposé aux regards et aux mémoires : celui du Général d'armée Thierry Burkhard portant, avec gravité et respect, la relique sacrée de la Légion, la main du capitaine Danjou. Dans ce silence habité, où chaque regard se faisait mémoire, la Légion étrangère renouait avec son serment le plus ancien : celui de la fidélité à la parole donnée.
J'ai, au fil des années, assisté à de nombreuses cérémonies à Aubagne, et je croyais en connaître les rythmes, les élans et les silences. Pourtant, cette année, un moment singulier m’a saisi avec une force rare.
Lorsque le porteur de la main, accompagné des adjudants-chefs Jörgen Madsen et Luigi Da Pont, quitta lentement la place d'armes pour redescendre la Voie sacrée, entouré par les Pionniers — haches à l'épaule et tabliers de cuir comme autant de cuirasses —, le violon s'éleva. L’instant s’imposa comme une évidence.
Le Concerto de l'Adieu, interprété ce jour-là, au violon, par le capitaine Vladimir Khourda, chef de musique, sembla suspendre le temps : bref dans sa durée, mais infini dans sa résonance. Le chant de l'archet, dans sa lente progression, portait en lui les nuances de la perte, de la dignité et de l'acceptation. Il évoquait ces instants où l'homme, face à l'inéluctable, demeure debout, fidèle à lui-même et aux siens.
Alors, pour la première fois peut-être, la symbolique de cette fin de cérémonie m'apparut dans toute sa vérité. Nous ne regardions pas seulement s'éloigner ces trois hommes, entrés dans la mémoire de Camerone. Nous ne voyions pas seulement partir, vers la crypte où elle reposera jusqu'au prochain Camerone, la main du capitaine Danjou. C'était autre chose que nous regardions s'éloigner.
Douleur du cœur, tristesse de l’âme, mélancolie de la pensée — et, par-dessus tout, fierté : tout, en nous, se tournait vers eux.
Dans ce moment suspendu, nous rendions un dernier salut, un dernier au revoir, un dernier « Camarade » à tous nos Anciens — les glorieux comme les anonymes, ceux dont les noms sont gravés et ceux que seule la mémoire du cœur conserve.
Nous venions de leur rendre les honneurs. Mais plus encore, nous leur affirmions, avec une ferveur retenue, que nous ne les oublierions jamais.
Au son du violon, dont les notes semblaient porter une infinie mélancolie, et des tambours, battant comme un seul cœur, une parole muette passait dans les rangs :
Au revoir, camarades légionnaires.
Non comme une séparation, mais comme une fidélité qui se prolonge, au-delà du temps, au-delà des hommes, dans le silence même de la Légion. Celui où la noblesse de servir et la fidélité à la parole donnée ne font plus qu'un.
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