Camerone
À l’occasion de Camerone, moment central de la tradition de la Légion étrangère, ce texte d’Antoine Marquet propose une lecture attentive de la communication du commandement.
À travers l’analyse des symboles, des décorations et des figures mises en avant, il interroge l’évolution du récit légionnaire au regard de son héritage.
Louis Perez y Cid
À travers l’analyse des symboles, des décorations et des figures mises en avant, il interroge l’évolution du récit légionnaire au regard de son héritage.
Louis Perez y Cid
Entre tradition et évolution de la Légion étrangère
Par Antoine Marquet.
Communication du général Cyrille Youchtchenko, commandant la Légion étrangère.
" Nous appartenons à une génération qui a de nouveau décoré nos drapeaux que ce soit par des citations, des médailles – y compris le jeune 5e RE décoré récemment – ou des fourragères, obtenues au regard des citations individuelles méritées par chaque régiment. Nous avons dix « maréchaux » parmi nos sous-officiers.
Aussi, pour symboliser ces 40 ans d’opérations, j’ai décidé de demander au GA (2S) Thierry Burkhard, en service de 1986 à 2025, de porter la main du capitaine Danjou à Aubagne. Il a accepté.
Il sera accompagné par :
- L’adjudant-chef (er) Jörgen Madsen qui, suivant les traces de son compatriote le prince Aage de Danemark, a rejoint la Légion en 1955 et a servi au 3e REI, au 1er RE et au 2e REI. Blessé à deux reprises et trois fois cité ;
- L’adjudant-chef (er) Luigi Da Pont, à l’image de la cohorte des Garibaldi et Ponticelli, italiens comme lui, il s’engage en 1961 et servira au 2e REP, à la 13e DBLE et au 1er régiment étranger, deux fois cité.
Communication du général Cyrille Youchtchenko, commandant la Légion étrangère.
" Nous appartenons à une génération qui a de nouveau décoré nos drapeaux que ce soit par des citations, des médailles – y compris le jeune 5e RE décoré récemment – ou des fourragères, obtenues au regard des citations individuelles méritées par chaque régiment. Nous avons dix « maréchaux » parmi nos sous-officiers.
Aussi, pour symboliser ces 40 ans d’opérations, j’ai décidé de demander au GA (2S) Thierry Burkhard, en service de 1986 à 2025, de porter la main du capitaine Danjou à Aubagne. Il a accepté.
Il sera accompagné par :
- L’adjudant-chef (er) Jörgen Madsen qui, suivant les traces de son compatriote le prince Aage de Danemark, a rejoint la Légion en 1955 et a servi au 3e REI, au 1er RE et au 2e REI. Blessé à deux reprises et trois fois cité ;
- L’adjudant-chef (er) Luigi Da Pont, à l’image de la cohorte des Garibaldi et Ponticelli, italiens comme lui, il s’engage en 1961 et servira au 2e REP, à la 13e DBLE et au 1er régiment étranger, deux fois cité.
De têtes couronnées en képi étoilé
Des rumeurs, toujours les rumeurs, laissaient entendre que des têtes couronnées pourraient défiler à Camerone, sur la voie sacrée, en portant la célèbre main du capitaine Danjou. L’éditorial du général commandant la Légion étrangère, publié dans Képi Blanc en début d’année, pouvait entretenir cette hypothèse.
Le communiqué officiel du 23 mars est venu mettre fin à ces spéculations, en révélant l’identité du porteur et de ses accompagnateurs. Au-delà de cette clarification, ce texte, censé mettre en valeur quarante années d’opérations, soulève cependant plusieurs interrogations quant à la cohérence du discours et à l’évolution des usages au sein de la Légion.
Traditionnellement, la cérémonie de Camerone met en lumière un autre épisode marquant de la geste légionnaire, parfois en résonance avec des engagements plus récents. Cette année, le choix est différent : ce ne sont pas des faits d’armes précis qui sont honorés, mais les décorations attribuées aux régiments au cours des dernières décennies.
Le général évoque ainsi citations, médailles et fourragères, ces dernières étant, selon ses termes, « obtenues au regard des citations individuelles méritées par chaque régiment ». Cette formulation surprend.
Jusqu’à présent, l’attribution d’une fourragère reposait sur des citations collectives, obtenues à l’ordre de l’armée pour des faits d’armes exceptionnels accomplis par une unité constituée. Le communiqué semble introduire une logique différente, fondée sur l’addition de récompenses individuelles. S’agit-il d’une évolution réglementaire ? Si tel est le cas, elle mériterait d’être explicitée, tant elle modifie l’esprit même de cette distinction.
Dans le même esprit, il est affirmé que de nombreux régiments ont été récemment décorés, et que le 5e étranger aurait lui aussi reçu une nouvelle distinction. Là encore, une précision aurait été bienvenue.
Ce choix de focalisation interroge d’autant plus que certains événements marquants ne semblent pas avoir été retenus. Le 50e anniversaire de l’affaire de Loyada, qui vit intervenir la 2e compagnie du 2e REP aux côtés d’éléments de la 13e DBLE, Escadron de reconnaissance et tireurs d’élite, constituait pourtant une occasion évidente de mise à l’honneur.
Le général d’armée (2S) Thierry Burkhard, ancien chef d’état-major de l’armée de Terre puis des armées, désigné pour porter la main du capitaine Danjou, a été un acteur central de la politique de reconnaissance des unités ces dernières années. Le choix de ses accompagnateurs, inscrits dans une filiation symbolique avec certaines grandes figures étrangères de la Légion, participe également de cette mise en scène. Nous apprenons par ailleurs que la 4e compagnie du 2e REP, jadis commandée par le capitaine Burkhard, défilera sur la voie sacrée.
Il ne s’agissait nullement d’un effectif, mais d’une reconnaissance informelle, forgée par l’expérience du combat et consacrée par les pairs. Cette expression renvoyait à une élite de fait, née des conflits d’Indochine et d’Algérie, et non à une catégorie définie ou dénombrable.
Ramener cette notion à un chiffre — fût-il symbolique — en altère profondément le sens. Faut-il désormais comprendre qu’il existerait des « maréchaux officiels », identifiés, validés, presque administrés ? Ou bien cette formule traduit-elle une évolution plus profonde : celle d’une institution qui, à force de vouloir expliciter et formaliser ses propres mythes, en vient à en simplifier la substance ?
À force de vouloir se raconter, la Légion risque peut-être de réduire ce qui faisait sa complexité, son mystère — et, avec eux, une part de sa grandeur.
Le communiqué officiel du 23 mars est venu mettre fin à ces spéculations, en révélant l’identité du porteur et de ses accompagnateurs. Au-delà de cette clarification, ce texte, censé mettre en valeur quarante années d’opérations, soulève cependant plusieurs interrogations quant à la cohérence du discours et à l’évolution des usages au sein de la Légion.
Traditionnellement, la cérémonie de Camerone met en lumière un autre épisode marquant de la geste légionnaire, parfois en résonance avec des engagements plus récents. Cette année, le choix est différent : ce ne sont pas des faits d’armes précis qui sont honorés, mais les décorations attribuées aux régiments au cours des dernières décennies.
Le général évoque ainsi citations, médailles et fourragères, ces dernières étant, selon ses termes, « obtenues au regard des citations individuelles méritées par chaque régiment ». Cette formulation surprend.
Jusqu’à présent, l’attribution d’une fourragère reposait sur des citations collectives, obtenues à l’ordre de l’armée pour des faits d’armes exceptionnels accomplis par une unité constituée. Le communiqué semble introduire une logique différente, fondée sur l’addition de récompenses individuelles. S’agit-il d’une évolution réglementaire ? Si tel est le cas, elle mériterait d’être explicitée, tant elle modifie l’esprit même de cette distinction.
Dans le même esprit, il est affirmé que de nombreux régiments ont été récemment décorés, et que le 5e étranger aurait lui aussi reçu une nouvelle distinction. Là encore, une précision aurait été bienvenue.
Ce choix de focalisation interroge d’autant plus que certains événements marquants ne semblent pas avoir été retenus. Le 50e anniversaire de l’affaire de Loyada, qui vit intervenir la 2e compagnie du 2e REP aux côtés d’éléments de la 13e DBLE, Escadron de reconnaissance et tireurs d’élite, constituait pourtant une occasion évidente de mise à l’honneur.
Le général d’armée (2S) Thierry Burkhard, ancien chef d’état-major de l’armée de Terre puis des armées, désigné pour porter la main du capitaine Danjou, a été un acteur central de la politique de reconnaissance des unités ces dernières années. Le choix de ses accompagnateurs, inscrits dans une filiation symbolique avec certaines grandes figures étrangères de la Légion, participe également de cette mise en scène. Nous apprenons par ailleurs que la 4e compagnie du 2e REP, jadis commandée par le capitaine Burkhard, défilera sur la voie sacrée.
Il ne s’agissait nullement d’un effectif, mais d’une reconnaissance informelle, forgée par l’expérience du combat et consacrée par les pairs. Cette expression renvoyait à une élite de fait, née des conflits d’Indochine et d’Algérie, et non à une catégorie définie ou dénombrable.
Ramener cette notion à un chiffre — fût-il symbolique — en altère profondément le sens. Faut-il désormais comprendre qu’il existerait des « maréchaux officiels », identifiés, validés, presque administrés ? Ou bien cette formule traduit-elle une évolution plus profonde : celle d’une institution qui, à force de vouloir expliciter et formaliser ses propres mythes, en vient à en simplifier la substance ?
À force de vouloir se raconter, la Légion risque peut-être de réduire ce qui faisait sa complexité, son mystère — et, avec eux, une part de sa grandeur.
PS – Une exposition sur la « Noblesse de servir et têtes couronnées » est ouverte jusqu’au 03 janvier 2027 au Musée de la Légion étrangère.
Joyeux Camerone à tous
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