De la grenade à sept flammes au logo de la Légion,
itinéraire d’un dessinateur malgré lui
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1995. À Mururoa, faire simple est parfois la meilleure solution
Dernière étape de ce parcours, la Polynésie française.
La restructuration des sites entraîne la dissolution de la compagnie de commandement et de soutien du 5e RE et de la compagnie de base de la « régulière ». Les deux unités fusionnent pour former la CSB, la Compagnie de soutien et de base, implantée à Mururoa.
Elle regroupe les éléments Terre des sites de Hao et de Mururoa, ainsi que l’antenne de Papeete, à Tahiti.
Je suis alors capitaine. Je termine le commandement de la CCSR du 1er RE avant de prendre celui de la CSB fraîchement créée. Comme toute unité qui se respecte, elle a besoin de son insigne.
Mais comment représenter sur un petit morceau de métal la multitude des unités de la régulière, auxquelles s’ajoutent celles de la Légion ? À vouloir tout montrer, on risque de finir avec un annuaire illustré plutôt qu’un insigne.
Je choisis donc la simplicité. Je reprends l’ancien insigne de la compagnie de base de Hao, en l’adaptant pour assurer le rattachement symbolique à Mururoa.
Le chef de corps, le lieutenant-colonel Bertout, donne son accord. L’insigne est créé.
Après les dieux de la mer, les caracals et les grenades à sept flammes, on revient parfois à une règle élémentaire, quand on veut tout faire entrer dans un insigne, mieux vaut commencer par enlever une bonne partie !
Quelques créations qui ont fait leur petit bonhomme de chemin…
Les insignes d’unités ne sont pas les seules réalisations qui me restent en mémoire. Certaines illustrations ont, elles aussi, connu une seconde vie, parfois bien loin de leur destination initiale.
La couverture de Noël de Képi blanc, en 1981
Cette illustration a été reprise en 2004 par les Éditions Italique pour la couverture du livre Contes de Noël de la Légion étrangère.
Une couverture de revue devenue couverture de livre, vingt-trois ans plus tard. Finalement, Noël conserve longtemps ses cadeaux !
L’affiche de Camerone, en 1987
Cette affiche a été reprise sur différents objets, foulards, couvertures de livres, étiquettes de vin et autres supports. Une création destinée à un événement unique peut donc voyager sur des objets auxquels son dessinateur n’avait pas nécessairement pensé.
La vie d’un dessin est parfois aussi aventureuse que celle d’un légionnaire, même si elle nécessite moins de paquetage.
Couverture de Képi blanc et affiche de Camerone, en 1981
Une partie de cette réalisation a été reprise par le 4e RE, à Castelnaudary, pour le vitrail de sa salle d’honneur, réalisé par monsieur Bullard. Du papier au vitrail, le changement de support est de taille. Le dessin, lui, poursuit son chemin.
Un pastel de 2005
Ce pastel, qui n’avait d’autre ambition que de représenter un légionnaire, a été utilisé pour une étiquette de vin, puis repris sur divers objets dérivés.
Décidément, entre les affiches, les calendriers, les livres et les bouteilles, certaines de mes créations ont eu une vie sociale beaucoup plus active que leur auteur !
Au bout du compte…
Alors, qu’ai-je laissé à la Légion après près de trente années de service ?
Quelques insignes, des affiches, des illustrations et surtout ce logo que tant de légionnaires reconnaissent aujourd’hui, même si un autre logo, plus stylisé, l’a remplacé depuis quelques années.
Je ne prétends pas avoir changé le cours de l’histoire militaire. J’ai servi dans mes fonctions, comme tant d’autres, avec les responsabilités et les possibilités qui étaient les miennes. Je n’ai pas cherché à fabriquer une œuvre pour la postérité. J’ai simplement répondu à des demandes, essayé de faire les choses correctement et, de temps à autre, laissé parler une formation artistique qui ne demandait qu’à servir.
C’est peut-être ce qui me plaît le plus, avec le recul, ces créations ne sont pas nées d’un grand dessein personnel. Elles sont apparues au fil des affectations, des rencontres, des besoins et de quelques conversations entre un chef et un dessinateur.
Le capitaine demande un insigne, le dessinateur sort ses crayons, le projet est accepté et la vie continue. On passe à autre chose, sans imaginer que, des années plus tard, quelqu’un s’intéressera à l’histoire du dessin.
Puis, un jour, on se retourne. On découvre qu’une petite partie de son travail est restée, qu’elle a été reprise, adaptée, transmise. On éprouve alors une satisfaction discrète, sans avoir besoin de faire sonner les trompettes.
Au fond, j’ai peut-être simplement eu la chance de me trouver au bon endroit, au bon moment, avec les compétences qui convenaient.
Comme quoi, à la Légion, il ne suffit pas toujours de savoir marcher au pas, tirer droit, chanter ou entretenir son paquetage. Il peut aussi être utile de savoir tenir un crayon.
Et si, après tout cela, je devais retenir une seule leçon, ce serait celle-ci : on ne choisit pas toujours ce qui restera de nous. Parfois, on dessine une couverture de calendrier… et c’est elle qui décide de faire carrière.
Quant à moi, je n’ai fait que mon job.
Avec, de temps en temps, un peu de couleur en plus.
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