Heinz Kuznik, de l’épreuve des guerres
à l’amour de la France
Un homme au parcours atypique
Qui se souvient de Kuznik?
Par Christian Morisot
Heinz Kuznik était un de ces anciens légionnaires qui ne laisse pas indifférent de par la richesse même de ses divers engagements au cours de son existence riche en rebondissements et aventures de tous genres…
Né le 19 juillet 1928 à Zwochau, en Allemagne, à l’âge de 16 ans il fut enrôlé d’office dans l’armée allemande. En 1944, il est fait prisonnier sur le front russe, détention qui durera 4 longues années.
De retour au pays, Heinz travaille chez un agriculteur allemand dans le Nord de l’Allemagne. Rapidement le traitement infligé ne lui convient pas et dépité, abandonné, il se retrouve en forêt noire en zone française. Là, un homme lui propose un engagement à la Légion étrangère, il n’a guère le choix…
Cette présente interview nous éclaire un peu sur le parcours atypique de cet homme qui n’a connu que trop de guerres tout au long de sa vie. Fier d’être Français non par le sang reçu mais par le sang versé, il est titulaire de trois croix de guerre, de la médaille militaire, chevalier de la Légion d’honneur. Heinz Kuznik etait à la Maison du légionnaire depuis septembre 1979.
J’avais récupéré en son temps son récit qui s’affiche aujourd’hui comme un beau souvenir d’un Ancien particulièrement intéressant.
« Je me suis engagé en 1952, au mois de mai, je venais de ma ville natale Zwochau près de Leipzig en Allemagne. Je possédais une expérience militaire puisqu’à l’âge de 16 ans j’ai été enrôlé de force dans l’Armée allemande comme Panzergrenadier, « l’homme qui suit les chars à pied ».
Je ne fis, cependant pas un service long étant quelques mois après, prisonnier de l’Armée Rouge en Russie du Nord. Quatre ans de rude détention, dans des conditions incroyablement difficiles, au service de la construction de lignes de chemins de fer. Nous étions surveillés par de vrais démons, des femmes intransigeantes, dures et sans pitié, c’était pire que les hommes.
De retour en Allemagne, je trouve un pays détruit, je n’ai plus de famille, il me fallait rapidement travailler pour profiter de l’indispensable gîte et d’un bon couvert. Un emploi de saisonnier m’a été proposé chez un paysan en Wesfalie, mais cela s’est avéré pire que chez les grosses matrones russes, et après quatre nouvelles années de traitements « punitions », je décide de tout laisser tomber et de suivre la route de l’aventure, de m’en aller à la recherche d’un peu de tranquillité.
C’est ainsi que je me suis retrouvé quelque part, en forêt noire en zone française, où je fais la connaissance d’un curieux bonhomme, tout de noir habillé, qui me propose un bon petit boulot, bien tranquille et très bien payé : j’avais trouvé ce que je cherchais.
Effectivement et je suis dirigé sur Landau en 1952 où un sergent-major me reçoit, c’était le premier soldat français que je voyais de ma vie. Au premier contact, un sentiment indéfinissable m’envahissait, je trouvais l’uniforme français sans éclat, j’étais habitué à plus d’allure, plus de classe avec la tenue allemande.
Instruction à Saïda, où je compris très rapidement qu’il ne fallait pas trop s’attarder à la seule qualité esthétique des vêtements, et embarquement sur le bateau « S.S.Calais » pour l’Indochine. Après deux ans de présence dans ce magnifique pays, une vilaine blessure me fit rapatrier sur l’Algérie où je suis resté jusqu’à la fin des hostilités en 1962. Pour terminer, j’ai la chance de finir ma carrière de légionnaire à Djibouti en 1969, année de ma mise à la retraite.
Après ma libération et retraite, j’ai traîné de droite à gauche pendant presque 10 ans. Je connaissais la Maison du légionnaire quand j’étais à la Police militaire à Aubagne, tous les vendredis, j’escortais l’Officier qui venait projeter un film pour les pensionnaires.
Nostalgique du passé et empoisonné par une implacable solitude, je rejoins ma famille légionnaire à Auriol en juillet 1979.
Dernièrement, Le Directeur m’a désigné comme porte-fanion, cela me donne souvent l’occasion, lors des cérémonies commémoratives, d’écouter attentivement les discours des anciens soldats français. Je comprends leur souci de ne pas laisser évaporer des mémoires cet épisode horrible de l’histoire de l’humanité avec cette dernière guerre mondiale.
Mais ce que je comprends, par-dessus tout, c’est leur dévouement à la France, pays de libertés qui est aussi le mien aujourd’hui.
Mourir pour elle aurait été pour moi un réel honneur.
Je ne renie pas mon passé tout en étant très fier d’être Français : « Vive la France » !
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