Du beau, de l’artifice et de quelques provocations
Par Christian Morisot
Lors d’une exposition de peinture à Pittsburg, en Californie, le premier prix fut attribué à une toile représentant un mur de ciment gris, percé d’un simple trou.
Bien entendu, les critiques ne parlèrent que de ce trou et du mystère qu’il semblait représenter pour leurs imaginations galopantes et communicatives. Chacun y allait de son interprétation, chacun semblait y découvrir une interrogation profonde sur notre condition humaine. Peut-être, en effet, s’y exprimait quelque chose de notre époque. Ou peut-être simplement le néant culturel, dans toute sa propreté irréprochable : sain, relaxant, parfaitement convenable, de quoi donner à réfléchir à tout un chacun et, surtout, ne laisser personne indifférent...
Bien des années plus tard, dans un événement du même genre, une autre anecdote vint à nouveau m’interroger sur l’évolution de notre manière de penser et d’aborder l’art.
Mon ami, le sculpteur André Paltrié, avait rempli son véhicule des sculptures qu’il devait présenter lors d’une exposition à Bordeaux. Afin d’éviter qu’elles ne s’entrechoquent pendant le transport, il avait placé entre elles une pierre dont il avait à peine ébauché les contours. Ce bloc lui servait simplement à vérifier l’état de coupe de ses ciseaux. Il n’était ni achevé ni destiné à être exposé.
Par malchance — ou par miracle, selon le point de vue — cette pierre informe, sans prétention particulière et que son auteur lui-même ne considérait pas comme une œuvre, fut malencontreusement installée parmi les sculptures présentées au public.
Elle remporta le premier prix !
Bien des années plus tard, dans un événement du même genre, une autre anecdote vint à nouveau m’interroger sur l’évolution de notre manière de penser et d’aborder l’art.
Mon ami, le sculpteur André Paltrié, avait rempli son véhicule des sculptures qu’il devait présenter lors d’une exposition à Bordeaux. Afin d’éviter qu’elles ne s’entrechoquent pendant le transport, il avait placé entre elles une pierre dont il avait à peine ébauché les contours. Ce bloc lui servait simplement à vérifier l’état de coupe de ses ciseaux. Il n’était ni achevé ni destiné à être exposé.
Par malchance — ou par miracle, selon le point de vue — cette pierre informe, sans prétention particulière et que son auteur lui-même ne considérait pas comme une œuvre, fut malencontreusement installée parmi les sculptures présentées au public.
Elle remporta le premier prix !
Ces deux histoires prêtent à sourire, mais elles posent peut-être une question plus sérieuse : ne serait-il pas temps que nos artistes retrouvent, dans leurs créations, le goût de la beauté et d'un certain équilibre ? Le talent, certes, ne suffit pas toujours ; encore faut-il savoir ce que l'on cherche à exprimer et ce que l'on souhaite transmettre.
Il me semble nécessaire d'encourager ceux qui continuent, malgré tout, à peindre, à sculpter et à créer en y mettant de la tendresse, de la compassion et ce sentiment presque religieux qu'est l'émerveillement. Gardons-nous de confondre nos coups de cœur, nos interprétations et nos créations avec ce qui, parfois, n'est peut-être que le désir de voir un sens là où il n'y en avait pas nécessairement.
C'est dans cet esprit — et avec une bonne dose d'humour, voire de provocation — que j'en viens à une autre de mes passions : les portraits.
Je fais ici amende honorable : Mea culpa, maxima culpa.
Il fut un temps où j'osais écrire que mon regard ne pouvait franchir la barrière artificielle derrière laquelle les femmes occidentales étaient, à leur manière, parfois plus voilées que les musulmanes. Avec une pointe de provocation, je les disais barbouillées et engluées de produits de beauté, de crèmes en tout genre, comme si elles appliquaient elles-mêmes l'art délicat de l'embaumement...
Un portraitiste, avec un culot dont je dois reconnaître l'à-propos, disait qu'il « peignait ce qui était déjà une peinture ».
Je reconnais volontiers aujourd'hui la part de méchanceté contenue dans de tels propos. Je préfère désormais une autre interrogation, moins moqueuse et sans doute plus proche de ce que je cherche dans un visage :
« Ô visage humain, où es-tu ? Que t'est-il arrivé ? Reverrons-nous le mystère, le drame, la beauté, le tourment et l'espoir, la joie, la ténèbre et la lumière sur tes traits ? »
Car c'est peut-être cela, au fond, qui relie mes histoires de peinture, de sculpture et de portraits : cette recherche obstinée de ce qui, derrière les apparences, demeure humain, vivant et capable de nous émouvoir.
Quant aux femmes, je sens déjà monter la foudre et les colères de celles et ceux qui ne pourront — à juste titre peut-être — me comprendre. J'irai donc jusqu'au bout de ma provocation.
Je dirai que leur véritable « faute » aurait été de se lancer dans l'un des combats les plus autodestructeurs : vouloir les mêmes droits et la même place que les hommes. Elles auraient ainsi combattu pendant des années pour abandonner leur position de déesses et descendre au niveau de leurs anciens esclaves...
Mais rassurez-vous : il ne faut probablement voir dans tout cela qu'un mélange d'« écrits vains » de fin de période estivale, conséquence possible des trop fortes chaleurs subies.
Cette explication n'excuse en rien de tels propos, qui ne sont, au fond, que le reflet d'une petite jalousie latente, d'une forme d'amusement et de quelques provocations gratuites. Elles pourront sans doute paraître malfaisantes ; j'en conviens volontiers.
Après tout, il est parfois bon de ne pas trop se prendre au sérieux — surtout lorsqu'on prétend parler du beau, de l'art, des femmes... et de leurs mystères.
Bonne reprise à Toutes et à tous !
Il me semble nécessaire d'encourager ceux qui continuent, malgré tout, à peindre, à sculpter et à créer en y mettant de la tendresse, de la compassion et ce sentiment presque religieux qu'est l'émerveillement. Gardons-nous de confondre nos coups de cœur, nos interprétations et nos créations avec ce qui, parfois, n'est peut-être que le désir de voir un sens là où il n'y en avait pas nécessairement.
C'est dans cet esprit — et avec une bonne dose d'humour, voire de provocation — que j'en viens à une autre de mes passions : les portraits.
Je fais ici amende honorable : Mea culpa, maxima culpa.
Il fut un temps où j'osais écrire que mon regard ne pouvait franchir la barrière artificielle derrière laquelle les femmes occidentales étaient, à leur manière, parfois plus voilées que les musulmanes. Avec une pointe de provocation, je les disais barbouillées et engluées de produits de beauté, de crèmes en tout genre, comme si elles appliquaient elles-mêmes l'art délicat de l'embaumement...
Un portraitiste, avec un culot dont je dois reconnaître l'à-propos, disait qu'il « peignait ce qui était déjà une peinture ».
Je reconnais volontiers aujourd'hui la part de méchanceté contenue dans de tels propos. Je préfère désormais une autre interrogation, moins moqueuse et sans doute plus proche de ce que je cherche dans un visage :
« Ô visage humain, où es-tu ? Que t'est-il arrivé ? Reverrons-nous le mystère, le drame, la beauté, le tourment et l'espoir, la joie, la ténèbre et la lumière sur tes traits ? »
Car c'est peut-être cela, au fond, qui relie mes histoires de peinture, de sculpture et de portraits : cette recherche obstinée de ce qui, derrière les apparences, demeure humain, vivant et capable de nous émouvoir.
Quant aux femmes, je sens déjà monter la foudre et les colères de celles et ceux qui ne pourront — à juste titre peut-être — me comprendre. J'irai donc jusqu'au bout de ma provocation.
Je dirai que leur véritable « faute » aurait été de se lancer dans l'un des combats les plus autodestructeurs : vouloir les mêmes droits et la même place que les hommes. Elles auraient ainsi combattu pendant des années pour abandonner leur position de déesses et descendre au niveau de leurs anciens esclaves...
Mais rassurez-vous : il ne faut probablement voir dans tout cela qu'un mélange d'« écrits vains » de fin de période estivale, conséquence possible des trop fortes chaleurs subies.
Cette explication n'excuse en rien de tels propos, qui ne sont, au fond, que le reflet d'une petite jalousie latente, d'une forme d'amusement et de quelques provocations gratuites. Elles pourront sans doute paraître malfaisantes ; j'en conviens volontiers.
Après tout, il est parfois bon de ne pas trop se prendre au sérieux — surtout lorsqu'on prétend parler du beau, de l'art, des femmes... et de leurs mystères.
Bonne reprise à Toutes et à tous !