De la grenade à sept flammes au logo de la Légion,
itinéraire d’un dessinateur malgré lui
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Petites histoires autour de quelques créations qui ont fait leur chemin… parfois plus loin que leur auteur !
Au soir de la vie, un petit inventaire
Au crépuscule de notre vie, il nous arrive de nous retourner sur le chemin parcouru et de nous demander ce que nous avons laissé derrière nous. À l’échelle de l’humanité, notre passage sur Terre ressemble à une étoile filante,un bref éclair, puis chacun reprend sa route.
En regardant de plus près mon propre parcours, une question m’est venue après près de trente années passées à la Légion étrangère, qu’ai-je laissé de concret à cette noble institution ?
J’y ai servi dans la branche « O.O. », comme légionnaire, sous-officier puis officier. Il me semble avoir tenu ma place, comme beaucoup de mes camarades, ni plus ni moins. En langage militaire, on dit simplement, « J’ai fait le job. »
Je ne suis ni un héros de Camerone, ni de la Somme, ni de Bir Hakeim, ni de Diên Biên Phu, dernière grande bataille de la Légion. Mon parcours s’est déroulé au temps de la guerre froide, des fameux « séjours » outre-mer et de quelques OPEX. Mais que personne ne s’y trompe, la préparation au combat était intense et permanente. La vocation de la Légion est bien d’être prête à combattre. Les périodes plus calmes n’étaient donc pas exactement des vacances au Club Med !
Pourtant, en dressant cet inventaire, je me suis aperçu que les traces les plus concrètes que j’ai pu laisser ne venaient pas vraiment de ma formation militaire. Elles avaient une origine bien plus ancienne,ma formation artistique.
Comme quoi, on peut entrer à la Légion avec un certain bagage et découvrir un jour que ce sont les crayons qui rendront le plus de services !
Képi blanc. Quand le crayon devient une arme de service
Dans l’armée, le destin a parfois une manière bien particulière de vous orienter.
Lorsque l’adjudant-chef Rudy Burda, dessinateur et metteur en page de Képi blanc, est affecté outre-mer, il faut lui trouver un remplaçant. Le commandement se tourne vers moi et m’affecte illico presto au 1er Régiment étranger.
La logique semblait limpide, des sous-officiers de la branche O.O., on en trouvait, mais des metteurs en page, c’était une autre histoire !
Direction Aubagne, à la revue Képi blanc. J’y effectuerai finalement trois « séjours », sans le moindre regret. C’est notamment au cours de ces affectations que je réaliserai plusieurs créations pour la Légion, insignes, affiches, illustrations et, sans le savoir encore, une image appelée à connaître une destinée particulière.
Mais reprenons les choses dans l’ordre.
1973. Une grenade pour les Comores
Cette année-là, le 3e REI quitte définitivement Madagascar pour la Guyane. La 2e compagnie, placée hors rang, reste aux Comores. Constituée en unité formant corps, elle prend le nom de Détachement de la Légion étrangère des Comores, le DLEC.
Son commandant, le capitaine F. Grandjean, me sollicite alors que je suis à Képi blanc pour lui proposer un insigne. Son cahier des charges est concis.
« Il doit garder la forme rectangulaire de celui du 3e REI et porter la Croix du Sud quelque part. »
Voilà qui a le mérite d’être clair ! Pas de commission de réflexion en douze réunions ni de présentation PowerPoint en trente-deux diapositives. Une forme, un symbole, et au dessinateur de se débrouiller !
Ayant déjà travaillé sur des formes rectilignes, je cherche une solution qui conserve l’esprit graphique de l’insigne du régiment. Je m’oriente vers une grenade à sept flammes, dessinée dans le même style, en m’inspirant notamment de celle de la CICS/GILE à la minoterie de Corte.
Le capitaine adopte le projet.
L’affaire est entendue. Enfin, presque, car les insignes ont parfois une vie plus longue que les unités qui les portent. Le DLEC deviendra plus tard le DLEM. La Croix du Sud cédera alors sa place au contour de l’île de Mayotte.
La grenade, elle, aura fait son travail, accompagner l’évolution de l’unité sans avoir besoin de demander une nouvelle affectation !
1975. À Holl-Holl, le pont ne passera pas !
Changement de décor, nous voici au poste Brunet de Sairigné, à Holl-Holl, à Djibouti. Cette fois, je ne suis plus à Képi blanc, mais chef de groupe à la 3e section de la 4e compagnie de la 13e DBLE.
Tous les insignes des compagnies sont circulaires, à une exception près, celui de la 4e compagnie, rectangulaire, représente le pont de Holl-Holl, passage de la voie ferrée reliant Djibouti à Addis-Abeba.
Le capitaine Terrasson, commandant d’unité, me demande de proposer un nouvel insigne. Le chef de corps, le colonel Lardry, souhaite uniformiser les formes. Mais le capitaine a une autre idée.
« Le chef de corps veut l’uniformité des insignes. Moi, je ne veux pas de pont, mais un caracal. Il y a un couple de lynx qui vit au poste. Le vert et le rouge de la Légion doivent apparaître, mais c’est le vert de la compagnie qui doit dominer. »
Le message est reçu. Le pont historique va connaître une fin de carrière anticipée.
Heureusement, la compagnie possède déjà un T-shirt de sport orné d’un caracal. Je m’en inspire pour concevoir le nouvel insigne, avec le souci de conserver une cohérence graphique entre les différents supports. En langage militaire, on parlerait d’uniformité, en langage courant, il faut que tout ce petit monde ait l’air de sortir de la même maison.
Le projet est rapidement adopté. Le caracal remplace le pont, le vert prend sa place et l’insigne de la 4e compagnie rejoint le cercle des insignes réglementaires.
Quant au pont de Holl-Holl, il continue de permettre aux trains de passer. On ne va tout de même pas supprimer toutes les infrastructures au nom de l’esthétique !
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