De la grenade à sept flammes au logo de la Légion,
itinéraire d’un dessinateur malgré lui
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1981. Une brigade, la mer et quelques divinités
Retour à Képi blanc, où je suis sergent-chef depuis quelque temps.
Une nouvelle unité vient de voir le jour, la 31e brigade, unité de combat interarmes placée sous les ordres du général Coullon, commandant la Légion étrangère. Elle constitue en quelque sorte l’embryon de ce qui deviendra la FAR.
Le chef de bataillon Chiaroni, chef du FELE, dont les locaux sont voisins du poste de commandement de la brigade, me demande de réfléchir à un insigne.
Son idée de départ est simple.
« A priori, c’est une brigade de débarquement, voire amphibie. La mer devrait apparaître, avec Poséidon, Neptune ou quelque chose de ce style. »
Voilà qui nous change des ponts et des félins de Djibouti ! Nous quittons les voies ferrées pour prendre le large, avec l’Olympe en renfort.
Je prépare un projet que je lui présente quelques jours plus tard. Le commandant me demande d’y ajouter deux étoiles pour représenter la brigade, ainsi que les couleurs vert et rouge de la Légion et le rouge et bleu des Troupes de marine.
J’intègre ces éléments en veillant à préserver l’équilibre de l’ensemble. Si les couleurs de la Légion apparaissent en premier, ce n’est pas par chauvinisme primaire, mais pour des raisons graphiques, le rouge encadre l’illustration centrale et assure la cohérence du dessin.
Les planches sont remises. Puis… plus rien. Silence radio !
Je finis presque par oublier cette affaire. Dans l’armée, un projet peut toujours disparaître dans les méandres administratifs, rejoindre un tiroir stratégique ou attendre patiemment qu’un autre dossier lui passe devant.
Plusieurs mois plus tard, surprise, je découvre mon insigne sur la tenue des hommes de la 31e brigade. Il est là, fidèle au projet initial.
Pas de cérémonie, pas de trompettes, pas même un petit mot pour le dessinateur. Mais qu’importe, l’insigne est adopté, et c’est l’essentiel.
En 1984, la 31e brigade sera remplacée par la 6e division légère blindée de la FAR. Les unités changent, les structures évoluent, mais un dessin peut survivre à plusieurs réorganisations. Dans l’armée, c’est déjà une belle performance !
1987. Le jour où une couverture de calendrier est devenue le logo de la Légion.
Nous arrivons à l’épisode le plus inattendu de cette histoire.
Après un « séjour » au CEFE du 3e REI, en Guyane, puis une affectation à la 4e compagnie du 2e REI, à Nîmes, me voici de retour à Képi blanc, cette fois comme adjoint.
Je viens de quitter le corps des sous-officiers pour celui des majors. À l’époque, le major constitue un corps à part. À la Légion, cependant, on ne s’embarrasse pas toujours de ces subtilités, les galons évoluent, mais les hommes restent les mêmes.
En cette fin d’année 1987, je travaille sur le calendrier légionnaire de 1988. Douze planches sont à réaliser, une pour chaque régiment, auxquelles s’ajoutent Camerone et Noël. De quoi occuper les crayons, même sans déclencher d’opération extérieure !
Reste à concevoir la couverture.
Je cherche à représenter ce qui caractérise la Légion et rassemble tous ses régiments. Je procède par élimination, méthode éprouvée qui consiste à retirer ce qui ne convient pas jusqu’à ce qu’il ne reste plus grand-chose… mais l’essentiel.
Cinq éléments s’imposent, le képi blanc, l’épaulette verte et rouge, la cravate verte, la ceinture bleue et la grenade à sept flammes.
Je compose avec ces symboles, les agence et les harmonise. Le résultat me paraît satisfaisant, à une réserve près, la cravate et la ceinture bleue déséquilibrent l’ensemble. Je les retire.
Et voilà ! La couverture est terminée.
Le calendrier paraît. L’histoire aurait pu s’arrêter là et j’aurais probablement poursuivi mes occupations sans imaginer une seconde que cette illustration allait connaître une autre destinée.
Quelques semaines plus tard, mon patron, le lieutenant-colonel Étienne-German, chef du Service information et historique de la Légion étrangère (SIHLE), me demande d’adapter le dessin pour en faire un logo du COMLE.
Il m’explique.
« Il semble que l’état-major du COMLE étudie depuis quelque temps un logo pour la Légion, et cette illustration coïncide parfaitement avec ses souhaits. »
Je reprends donc le dessin et l’adapte en « trait ».
C’est ainsi qu’une couverture de calendrier, conçue pour accompagner une année ordinaire, devient le logo de la Légion étrangère.
Il faut parfois chercher très loin les grandes idées. Et parfois, elles se trouvent juste sous un képi blanc, entre une épaulette et une grenade !
Je n’avais pas conçu ce dessin avec l’ambition de créer un emblème destiné à traverser les années. Je cherchais simplement à représenter l’identité commune de la Légion avec les éléments dont je disposais. Le reste s’est fait naturellement, au fil des décisions et des circonstances.
La planche originale, sur fond sombre, est aujourd’hui conservée au musée de la Légion étrangère, à Aubagne.
Quand je pense que tout est parti d’une couverture de calendrier, je me dis qu’il faut se méfier des travaux de fin d’année. On ne sait jamais où ils peuvent vous mener !
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