Lili Marlène, un conte de l'histoire.
Par Louis Perez y Cid
Un soir de 1915, dans un monde qui venait de basculer dans la Grande Guerre, un jeune soldat allemand nommé Hans Leip* s’apprête à quitter la ville pour rejoindre le front.
C’est un poète, enrôlé par devoir.
Il marche lentement vers la sortie de la caserne, le cœur lourd.
Sous une lanterne, à l’angle d’une rue, une jeune femme l’attend.
La lumière dessine autour d’elle un halo tremblant, comme une promesse.
Ils se disent adieu, simplement, sans savoir s’ils se reverront.
Ce soir-là, Hans grave cette image dans son cœur.
De cette émotion naît un poème « Lied eines jungen Wachpostens », en français Chanson d'une jeune sentinelle. Quelques vers sur un soldat en faction, pensant à celle qu’il aime sous la lanterne. Il lui donne un nom : Lili Marleen, mélange de deux prénoms, deux souvenirs, deux femmes qui ont compté pour lui. Mais, par superstition, il ne rédige pas la dernière strophe. Le destin la choisira.
Puis la guerre emporte tout. Neuf millions de morts et de disparus.Vingt et un millions de blessés. Et, comme si cela ne suffisait pas, la grippe espagnole fauche quarante millions d’âmes de plus, cinq pour cent de l’humanité.
Le poème, lui, reste dans un tiroir, oublié comme un secret d’âme.
Les années passent.
Vient la République de Weimar, les années folles, les cabarets, la fièvre de la vie retrouvée. Hans Leip a survécu à l’apocalypse. Il écrit des chansons, des poèmes, des rêves. Mais les cicatrices de la guerre ne se referment jamais vraiment.
Et déjà, le monde menace de recommencer.
En 1937, avant que le tonnerre ne gronde à nouveau, Hans écrit enfin la dernière strophe de son poème. L’année suivante, un musicien, Norbert Schultze, lui offre une mélodie, simple, une marche lente, comme un battement de cœur.
Une chanteuse berlinoise, Lale Andersen, prête sa voix à la chanson, une voix qui tremble juste assez pour être vraie. Elle chante pour les absents, pour les amoureux séparés, pour ceux qui guettent la lumière dans la nuit. Mais en 1938, l’Allemagne ne veut plus de tendresse. Elle se veut fière, dure, invincible. Cette chanson d’amour semble déplacée.
Le disque paraît, puis disparaît. Lale Andersen refuse les avances d’un haut gradé SS.
Alors on interdit ses disques, on la menace, on efface son nom.
Lili Marleen retombe dans le silence, elle est bannie et tente de se suicider.
Une chanteuse berlinoise, Lale Andersen, prête sa voix à la chanson, une voix qui tremble juste assez pour être vraie. Elle chante pour les absents, pour les amoureux séparés, pour ceux qui guettent la lumière dans la nuit. Mais en 1938, l’Allemagne ne veut plus de tendresse. Elle se veut fière, dure, invincible. Cette chanson d’amour semble déplacée.
Le disque paraît, puis disparaît. Lale Andersen refuse les avances d’un haut gradé SS.
Alors on interdit ses disques, on la menace, on efface son nom.
Lili Marleen retombe dans le silence, elle est bannie et tente de se suicider.
Jusqu’à ce qu’un soir de 1941, dans une station de radio militaire allemande à Belgrade, qui ne dépend pas de Berlin, un technicien cherche un disque pour combler la fin d’une émission. Au hasard, il tire un vieux 78 tours de la pile : Lili Marleen.
Il pose l’aiguille… et la voix de Lale Andersen s’élève dans la nuit. Claire, mélancolique, portée par un souffle de nostalgie.
Un soldat, une lanterne, une attente.
Rien de plus.
Mais tout y est.
Les soldats allemands, dispersés sur les fronts d’Afrique, écoutent, émus et silencieux.
Dans cette voix, ils reconnaissent leurs propres pensées.
Peu à peu, Lili Marleen devient leur compagne de solitude. Chaque soir, Radio Belgrade termine ses émissions par cette chanson,rappelant à tous qu’au-delà de la guerre, quelqu’un les attend peut-être, quelque part.
Mais le plus étonnant, c’est que les ennemis l’écoutent aussi. Les soldats britanniques, postés dans le désert, captent à leur tour cette voix. Ils ne comprennent pas toutes les paroles, mais ils en saisissent la tendresse, et l’adoptent.
Ainsi, sur tous les fronts du sud, les deux camps ennemis écoutent la même chanson,
au même moment, sous la même lune. À 21h57 chaque soir, Lili Marleen retentit.
Et dans les tranchées, les abris, les dunes, la guerre s’interrompt un instant.
Un souffle d’humanité passe.
Il pose l’aiguille… et la voix de Lale Andersen s’élève dans la nuit. Claire, mélancolique, portée par un souffle de nostalgie.
Un soldat, une lanterne, une attente.
Rien de plus.
Mais tout y est.
Les soldats allemands, dispersés sur les fronts d’Afrique, écoutent, émus et silencieux.
Dans cette voix, ils reconnaissent leurs propres pensées.
Peu à peu, Lili Marleen devient leur compagne de solitude. Chaque soir, Radio Belgrade termine ses émissions par cette chanson,rappelant à tous qu’au-delà de la guerre, quelqu’un les attend peut-être, quelque part.
Mais le plus étonnant, c’est que les ennemis l’écoutent aussi. Les soldats britanniques, postés dans le désert, captent à leur tour cette voix. Ils ne comprennent pas toutes les paroles, mais ils en saisissent la tendresse, et l’adoptent.
Ainsi, sur tous les fronts du sud, les deux camps ennemis écoutent la même chanson,
au même moment, sous la même lune. À 21h57 chaque soir, Lili Marleen retentit.
Et dans les tranchées, les abris, les dunes, la guerre s’interrompt un instant.
Un souffle d’humanité passe.
Ce n’est plus une chanson allemande. Ni même une chanson de guerre.
C’est la chanson des hommes. Pour les Allemands, Lale Andersen, survivante d’un temps brisé, continue à la chanter.
Elle garde cette lumière tremblante, comme la flamme d’une lanterne battue par le vent.
Et chaque fois qu’elle murmure Lili Marleen, on sent passer le souffle d’une époque où même les cœurs en guerre savaient encore pleurer.
Pour les Alliés, Marlène Dietrich, revenue d’exil, la chante à son tour, comme un symbole d’humanité retrouvée.
C’est la chanson des hommes. Pour les Allemands, Lale Andersen, survivante d’un temps brisé, continue à la chanter.
Elle garde cette lumière tremblante, comme la flamme d’une lanterne battue par le vent.
Et chaque fois qu’elle murmure Lili Marleen, on sent passer le souffle d’une époque où même les cœurs en guerre savaient encore pleurer.
Pour les Alliés, Marlène Dietrich, revenue d’exil, la chante à son tour, comme un symbole d’humanité retrouvée.
Elle est traduite, reprise, aimée. En anglais, en français, en italien.
Ironie du sort, les Alliés entrent en Allemagne en fredonnant Lili Marlène (et non Marleen) comme un hymne de victoire.
Puis les canons se taisent, les drapeaux changent, mais la chanson demeure.
Elle traverse les frontières, les langues, les blessures. Elle devient la voix universelle de la tendresse au cœur de l’horreur.
Ironie du sort, les Alliés entrent en Allemagne en fredonnant Lili Marlène (et non Marleen) comme un hymne de victoire.
Puis les canons se taisent, les drapeaux changent, mais la chanson demeure.
Elle traverse les frontières, les langues, les blessures. Elle devient la voix universelle de la tendresse au cœur de l’horreur.
Aujourd’hui encore, quand on écoute Lili Marleen, on entend plus qu’une chanson.
On entend l’écho d’un monde qui souffrait, mais qui n’avait pas oublié d’aimer.
On imagine le soldat sous la lanterne, les pavés mouillés, l’ombre d’une femme qui attend.
Et dans cette image fragile et éternelle brille ce que les guerres n’ont jamais pu éteindre : l’humanité.
Ainsi se termine le conte de Lili Marleen, née d’un poème d’adieu, devenue la voix des deux camps, et bien plus encore, la chanson de tous les cœurs qui espèrent se retrouver,
un soir, sous la lumière d’une lanterne.
* Hans Leip (1893 – 1983) écrivit les paroles de ce poème avant son départ pour le front russe en avril 1915. Alors affecté à la caserne des Coccinelles à Berlin dans la Garde impériale comme élève-officier (mesurant deux mètres). Tombé d'un pont avec une vertèbre cassée, il est démobilisé en décembre 1915. Il ne publie son poème qu'en 1937, pratiquant entre-temps des arts de distraction (poésie et littérature populaire).
Lale Andersen (1905 – 1972).
Norbert Schultze (1911 – 2002) Photo 6 =Vidéos
3 vidéos
Lale Andersen ( version originale1938) - https://www.youtube.com/watch?v=XV9LGEU1j5M
Marlène Dietrich - https://www.youtube.com/watch?v=xz5GtOprh9E
Marie Laforet (1972) - https://www.youtube.com/watch?v=Qk2ge4H-o5g
On entend l’écho d’un monde qui souffrait, mais qui n’avait pas oublié d’aimer.
On imagine le soldat sous la lanterne, les pavés mouillés, l’ombre d’une femme qui attend.
Et dans cette image fragile et éternelle brille ce que les guerres n’ont jamais pu éteindre : l’humanité.
Ainsi se termine le conte de Lili Marleen, née d’un poème d’adieu, devenue la voix des deux camps, et bien plus encore, la chanson de tous les cœurs qui espèrent se retrouver,
un soir, sous la lumière d’une lanterne.
* Hans Leip (1893 – 1983) écrivit les paroles de ce poème avant son départ pour le front russe en avril 1915. Alors affecté à la caserne des Coccinelles à Berlin dans la Garde impériale comme élève-officier (mesurant deux mètres). Tombé d'un pont avec une vertèbre cassée, il est démobilisé en décembre 1915. Il ne publie son poème qu'en 1937, pratiquant entre-temps des arts de distraction (poésie et littérature populaire).
Lale Andersen (1905 – 1972).
Norbert Schultze (1911 – 2002) Photo 6 =Vidéos
3 vidéos
Lale Andersen ( version originale1938) - https://www.youtube.com/watch?v=XV9LGEU1j5M
Marlène Dietrich - https://www.youtube.com/watch?v=xz5GtOprh9E
Marie Laforet (1972) - https://www.youtube.com/watch?v=Qk2ge4H-o5g