Réponse à l'article,
le livre de Camerone
Par Christian Morisot
Alain Gandy est né en 1924, il avait entre autres importantes décorations, celle de la croix de guerre 1939-45 avec 2 citations.
J’ai rencontré Gandy à Madagascar en 1967 lors d’un stage que j’effectuais à l’Escadron à Sakaramy pour y passer mon permis de conduire. Le sergent-chef Gandy était le chef du stage, la récompense suprême accordée au premier était de lui faire passer aussi le permis de transport en commun, ce fut le cas pour moi arrivé premier de cette « FRAC ».
A mon premier contact, j’ai tout de suite compris que j’avais à faire avec un homme qui avait un vécu derrière lui et qu’il était de ceux sur lesquels le commandement devait compter en toutes circonstances.
Quelques années plus tard, en 1970, après mon peloton de sous-officier, j’étais affecté à « képi Blanc » par le colonel Delsuc, j’avais la mission, déjà de m’occuper des Amicales et le titre de rédacteur-correcteur.
Ainsi je me retrouvais dans la même pièce que le secrétaire de rédaction, l’adjudant Alain Gandy et le metteur en page le caporal Louis Perez y Cid.
Notre secrétaire de rédaction s’avérait être un homme particulièrement dynamique ayant une grande culture qu’il mettait au profit d’un journal qui avait bien évolué dont il était le principal organisateur sous la direction du capitaine Olivier Petit surnommé Otto Klein…
D’entrée il se présentait très humain, un bon grand-père, toujours abordable et particulièrement attentionné à répondre à toutes demandes ou interrogations. C’était à ne point douter un excellent guide et un instructeur hors pair qui me faisait en quelque sorte développer les lacunes de mon ignorance et me faisait montre de la plus belle manière qui était d’écrire un article et de le corriger. J’appréciais à sa juste valeur cet homme érudit qui avait tant de choses à nous apprendre et j’avais beaucoup d’estime pour sa rigueur intellectuelle de sous-officier, même si en apparence, il était de ceux qui se présentaient parfois un peu trop décontractés et qui ne se prennent malgré tout, pas trop au sérieux…
Il pouvait, parfois, paraître bizarre, toujours enfermé dans ses pensées qui l’éloignaient de la réalité du quotidien, c’était un homme sans histoire qui profitait de la situation dans laquelle il se trouvait à la tête du journal de quoi le conforter à maintenir une manière un peu supérieure de se présenter aux yeux des autres et même de ses Chefs.
Le contact et l’enseignement que je recevais de ce « Grand-Père » m’apportais beaucoup et je dois bien reconnaître que je lui suis très reconnaissant d’avoir aussi largement participé à mon développement personnel de jeune homme en « formation-découverte ».
Il avait beaucoup d’amitié pour notre voisin de la rédaction au journal : l’adjudant Burda (qui avait sauté sur Dien Bien Phû ) et je me souviens avec émotions des accès de satisfaction bruyants de ces deux compères à la vue d’une page de « Képi Blanc » réussie qui les faisaient imiter un couvent de moines orientaux en prières, marmonnements et corne de brume compris.
Il nous disait que dans une vie antérieure, il avait été capitaine, titulaire de la Légion d’honneur et qu’il s’était disputé avec son Chef de corps. Cela s’était si mal passé qu’il fut contraint de quitter l’armée, militaire dans l’âme, il s’engagea comme simple légionnaire pour repartir à zéro, se faire oublier et recommencer une autre vie.
C’est ainsi qu’il prenait une journée par mois pour aller récupérer à Marseille sa demi-solde de capitaine tout en n’oubliant pas de profiter de sa solde d’adjudant, il avait le don de savoir dépenser sans compter, les soucis d’argent lui passaient par-dessus la tête dans la plus grande discrétion et sans retenues particulières.
La Légion lui offrait une forme de liberté qui lui convenait parfaitement, sa manière à lui de se sentir libre d’agir à sa guise en dehors de son service légionnaire et souvent, il partait en ma compagnie afin de faire des reportages insolites les fins de semaine à travers la France. De quoi alimenter agréablement les pages de « Képi Blanc ». C’est ainsi que nous faisions ensemble les interviews de Mireille Mathieu, Michèle Torr, François Severt et Jean-Pierre Beltoise au grand prix de France, Marcel Pagnol et Jean Cau à leurs domiciles parisiens, et bien d’autres…
Au moment de son départ définitif, il demanda sa rectification d’état-civil et redevenait Gandelin, au grand étonnement de tous, il reprenait ainsi sa véritable identité et le découvrions avec, accrochée à sa poitrine, la légion d’honneur qui voisinait curieusement et allègrement sa médaille militaire…
Civil il écrira une bonne soixantaine de livres sur la Légion et des romans policiers qui mettaient en vedette le gendarme Joseph Combes.
Gandelin, alias Gandy, termina sa vie comme pensionnaire à Puyloubier. Un de ces personnages hauts en couleurs dont la Légion a le secret…
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