Le carré Légion du cimetière d'Auriol
Début 1999. La passation de consignes pour la direction de la Maison du Légionnaire à Auriol entre le capitaine (er) Cattaneo et moi-même touchait à sa fin. Comme il est d'usage lorsqu'on prend une nouvelle responsabilité, je souhaitais connaître tous les aspects de la vie de la Maison, y compris ceux qui concernent ses anciens après leur dernier départ. Je lui demandai donc où étaient inhumés les pensionnaires décédés.
À cette époque, le cimetière d'Auriol ne disposait que de deux caveaux de six places. Le premier était déjà entièrement occupé ; le second avait été transformé en ossuaire. Aussi, lorsque l'un de nos anciens nous quittait, il était généralement conduit au cimetière Saint-Pierre de Marseille, où la municipalité avait réservé un emplacement aux morts de la Légion étrangère, sous la responsabilité du Foyer d'entraide.
Pendant plusieurs années, cette solution fut appliquée sans que je n'y prête davantage attention. Pourtant, un jour, je ressentis le besoin de voir de mes propres yeux ce fameux caveau servant d'ossuaire. Je demandai qu'il soit ouvert.
Avec le concours des pompes funèbres de la ville, nous nous rendîmes sur place. À mes côtés se trouvaient mon adjoint, l'adjudant-chef Jean-Jacques Basile, ainsi que M. de Mauduit, président du Secours de France. Quelques jours auparavant, celui-ci offrait à la Maison un véhicule Mercedes flambant neuf destiné à améliorer les déplacements des pensionnaires vers leurs consultations médicales et leurs sorties.
Lorsque la lourde dalle fut soulevée, le silence s'imposa.
Ce que nous découvrîmes demeure gravé dans ma mémoire. Les ossements reposaient encore dans les vêtements qui avaient accompagné leurs derniers instants. Plus bouleversant encore, l'une des dépouilles n'avait pas achevé son processus de décomposition. Devant ce spectacle, chacun demeura sans voix.
M. de Mauduit fut particulièrement ébranlé. Après un long moment, il murmura une phrase que je n'ai jamais oubliée :
« Je n'oublierai jamais ce regard venu d'ailleurs… »
À cet instant précis naquit un projet.
Pour lui, il n'était plus concevable que ceux qui avaient tant donné à la Légion reposent dans de telles conditions. Il me proposa aussitôt de financer la création d'un véritable carré Légion au cimetière d'Auriol, un lieu digne des anciens légionnaires de la Maison, où chacun pourrait recevoir les honneurs dus à son engagement.
Je pris immédiatement contact avec le directeur des services techniques de la ville d'Auriol. Nous parcourûmes ensemble les allées du cimetière afin de trouver un emplacement répondant à nos besoins. Je lui expliquai que cet espace ne devait pas seulement accueillir des sépultures : il devait aussi permettre l'organisation de nos cérémonies militaires, souvent suivies par de nombreux participants et un piquet d'honneur.
Nous trouvâmes rapidement l'endroit idéal.
Seule difficulté : le terrain était déjà réservé.
Je sollicitai alors une entrevue avec Mme Martin, maire communiste d'Auriol. Le directeur des services techniques assistait à notre entretien. Après avoir écouté attentivement les raisons de notre démarche, Mme le Maire répondit avec une simplicité qui m'impressionna profondément :
« Ce que la Légion veut, on fait ! »
En une phrase, tout était débloqué.
Les travaux purent commencer.
La réalisation fut confiée à l'ancien adjudant-chef Tot Illidja. Avec beaucoup de goût et de sensibilité, il aménagea un lieu sobre et harmonieux, ombragé par les arbres et entouré de la végétation provençale. Une succession de caveaux recouverts de marbre gris fut édifiée autour d'un mur du souvenir, dans lequel fut scellé un magnifique bas-relief offert par mon ami de longue date, le peintre de l’Armée André Paltrié.
Peu à peu, les plaques portant les noms des anciens légionnaires disparus vinrent recouvrir ce mur. Chacune d'elles raconte une vie de service, de fidélité et de sacrifice. Ensemble, elles composent la mémoire de la Maison. Créé en 1934.
Les années passant, il fallut agrandir cet espace devenu trop exigu. Mme Garcia, toujours maire d'Auriol, et son conseil municipal firent don à la Maison du terrain nécessaire, en pleine propriété. D'autres généreux donateurs apportèrent leur concours, permettant au carré Légion de prendre l'aspect qu'il présente aujourd'hui.
Chaque fois que je m'y recueille, je repense à cette journée où l'ouverture d'un simple caveau fit naître une conviction : nos anciens méritaient davantage qu'un lieu d'inhumation. Ils méritaient un lieu de mémoire.
C'est cette conviction qui donna naissance au carré Légion d'Auriol, où reposent désormais, dans la dignité et le respect, ceux qui avaient choisi de servir la France sous les couleurs de la Légion étrangère.
Les années passant, il fallut agrandir cet espace devenu trop exigu. Mme Garcia, toujours maire d'Auriol, et son conseil municipal firent don à la Maison du terrain nécessaire, en pleine propriété. D'autres généreux donateurs apportèrent leur concours, permettant au carré Légion de prendre l'aspect qu'il présente aujourd'hui.
Chaque fois que je m'y recueille, je repense à cette journée où l'ouverture d'un simple caveau fit naître une conviction : nos anciens méritaient davantage qu'un lieu d'inhumation. Ils méritaient un lieu de mémoire.
C'est cette conviction qui donna naissance au carré Légion d'Auriol, où reposent désormais, dans la dignité et le respect, ceux qui avaient choisi de servir la France sous les couleurs de la Légion étrangère.
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