Le collectionnisme et les marchands du temple
Par Antoine Marquet.
Au milieu des années 80 du siècle dernier l’état-major du COM.LE avait diffusé une note interdisant la fabrication à tout va d’insignes métalliques pour les unités de Légion. Seuls le 1er REC et le 4e RE étaient autorisés à porter les insignes d’unité, port qui provenait d’une tradition déjà ancienne. Par le fait, alors commandant de compagnie, je m’en suis abstenu malgré la demande pressante de mes personnels et d’un grand collectionneur du sud de la France, prêt à subventionner la réalisation d’un insigne à condition, évidemment, qu’un certain nombre – important – d’exemplaires lui soient destinés. J’ai refusé, alors que la maquette dessinée était prête. Mon successeur s’est chargé de cette réalisation sans le concours du collectionneur. Elle a été très réussie.
Avec le temps, ce règlement s’est “adouci” et la moindre unité ou parcelle d’unité - allant jusqu’à l’équipe – désignée pour effectuer un séjour opérationnel hors métropole, se croit obligée de faire fabriquer un insigne marquant l’événement. Les quantités émises et leurs numérotations - en chiffres arabes ou romains ou sans numéro d’ailleurs - montrent le côté mercantile de la démarche car souvent, l’une des différentes numérotations est destinée à des collectionneurs ce qui, à mon sens, enlève de l’intérêt aux collections... La multiplicité des opérations extérieures a multiplié les fabrications.
En 1989 à l’occasion du 50è anniversaire de la création du 6è REI, j’ai fait réaliser – ès-fonction – un retirage de l’insigne originel de ce régiment par une maison spécialisée située à Saumur. Ces insignes devaient m’être livrés à la fin du mois de juillet, or, dès le mois de mai ils se trouvaient à la vente sur le catalogue de l’ancien sergent-chef Rodel, très grand collectionneur, plus connu pour l’érection du monument à ses camarades de Điện-Biên-Phủ.
J’ai sommé le fabriquant en question de se défaire du collaborateur malhonnête. Dans le même temps une correspondance a été adressée, au nom du 6ème REG, à tous les fabricants de l'époque pour leur rappeler que les symboles figurant sur les insignes Légion étaient la propriété, au moins morale, de la Légion étrangère et ainsi, ils devraient s’abstenir de toute fabrication si la demande n’émanait pas du chef de la formation concernée. Ils se sont exécutés, pendant un temps, craignant sans doute la mise au ban et la perte d’une clientèle sûre.
Aujourd’hui nous assistons à un relâchement total des règles qui fait que même deux ou trois ans après une opération extérieure on réalise un insigne y afférant, à l’initiative dont ne sait bien qui – peut-être même du fabriquant - dans le but évident et peu louable d’effectuer une opération commerciale bien lucrative.
Par ailleurs, il avait été défini que chaque réalisation d’insigne donnerait lieu à l’envoi de deux exemplaires au musée de la Légion étrangère pour enrichir ses collections et enregistrer, en quelque sorte, la naissance de l’insigne. Les compagnies du 6 se sont pliées à cette règle, l’officier traditions y veillait... Mais que se passe-t-il de nos jours ? Certains fabricants semblent réaliser pour leur compte propre, sans autorisation aucune de l’institution légionnaire, des insignes qui seront vendus aux collectionneurs…
Et pourquoi cet acharnement à vouloir à tout prix marquer son passage ici ou là par l’édition d’un insigne ?
Il y a quelques années une formation a décidé de créer un insigne pour marquer l’attribution d’une récompense rarissime pour faits de guerre à une unité. Cet objet aurait été remis aux anciens chefs de corps, aux blessés, aux officiers quittant le régiment et ayant participé aux opérations pendant une certaine période, aux chefs de section et aux commandements organiques supérieurs, ainsi qu’au musée de la Légion… et quid du vulgum pecus ?
Il y a bien plus d’années, même le garde-cochons de la porcherie de l’escadron de reconnaissance de la 13 à Oueah a voulu laisser sa trace en faisant fabriquer à une dizaine d’exemplaires (!), l’insigne… de la porcherie !
Il avait gaspillé une petite fortune à cette fin. Le numéro 9 m’a échu. Je l’ai offert à celui, collectionneur, qui avait été mon chef de section d’instruction, le sergent-chef Hornung d’alors. Le porcher d’Oueah avait eu, lui, le mérite d’avoir payé à prix d’or un insigne destiné à faire plaisir à quelques personnes, au premier rang desquelles lui-même, alors que j’ai l’impression que de nos jours on vend un peu son âme au diable à vil prix pour ramasser quelques sous en cédant des insignes devenus des colifichets qui utilisent à mauvais escient la symbolique Légion !
Le plus étrange est que personne ne semble s’émouvoir de cette mise à l’encan de symboles appartenant au patrimoine de la Légion étrangère.
Et « leur petite entreprise » de faire florès !
Le plus étrange est que personne ne semble s’émouvoir de cette mise à l’encan de symboles appartenant au patrimoine de la Légion étrangère.
Et « leur petite entreprise » de faire florès !