Lettre de mon jardin 2
Une des premières lettres de mon jardin :
Je souhaite partager une réflexion qui me vient suite aux réactions engagées par certains « gardiens du temple » concernant une forme de neutralité que nous devrions afficher, quant à nos écrits, de manière à ne pas provoquer le courroux de responsables politiques à l’encontre de notre Institution… Même si je sais que les articles qui paraissent sur le site de la FSALE ne sont lus que par un petit nombre de « visiteurs » à priori sympathisants ; il est bon parfois d’accepter que soit exprimé, à titre personnel : un sentiment, un point de vue, une anecdote ou encore une réaction et éviter ainsi toute naïveté qui nous étiqueraient tels des « moutons de Panurge ».
L’article concerné est celui de notre camarade légionnaire le capitaine Jean-Marie Dieuze qui nous partageait une lettre adressée à ses enfants et petits-enfants : « Pour que vous n’ayez pas peur trop tôt » que je propose à votre lecture ci-après :
Je souhaite partager une réflexion qui me vient suite aux réactions engagées par certains « gardiens du temple » concernant une forme de neutralité que nous devrions afficher, quant à nos écrits, de manière à ne pas provoquer le courroux de responsables politiques à l’encontre de notre Institution… Même si je sais que les articles qui paraissent sur le site de la FSALE ne sont lus que par un petit nombre de « visiteurs » à priori sympathisants ; il est bon parfois d’accepter que soit exprimé, à titre personnel : un sentiment, un point de vue, une anecdote ou encore une réaction et éviter ainsi toute naïveté qui nous étiqueraient tels des « moutons de Panurge ».
L’article concerné est celui de notre camarade légionnaire le capitaine Jean-Marie Dieuze qui nous partageait une lettre adressée à ses enfants et petits-enfants : « Pour que vous n’ayez pas peur trop tôt » que je propose à votre lecture ci-après :
Pour que vous n’ayez pas peur trop tôt…
« Mes chers enfants,
Mes très chers petits-enfants,
Je vous écris parce que vous m’avez posé une question qui me hante depuis cet instant :
« Devons-nous avoir peur qu’il y ait bientôt une troisième guerre mondiale ? »
Je n’ai pas tout de suite su quoi dire. J’ai compris, en cherchant mes mots comme on cherche ses pas dans une nuit sans étoile et sans Lune, que cette question ne parlait pas seulement d’une guerre que certains semblent presque appeler de leurs vœux.
Elle disait autre chose, de plus profond, de plus cruel peut-être : elle demandait à un père et à un grand-père pourquoi il ne savait plus — ou n’avait pas pu — protéger les siens dans ce monde devenu fou.
Je voudrais, bien sûr, vous répondre : « Non ! »
Vous dire que tout cela n’est qu’une période troublée, mais temporaire.
Que ceux qui dirigent notre beau pays savent ce qu’ils font ; que ces femmes et ces hommes sont des responsables soucieux de leurs concitoyens, et qu’ils sont, avant tout et surtout, les véritables défenseurs de la paix dans le monde. Et que la raison, au pays des Lumières, finira par reprendre ses droits. Mais je ne suis pas un marchand d’illusions, ni un conteur d’histoires pour enfants. Et vous me connaissez trop bien : j’ai trop longtemps vécu une arme à la main pour inventer des certitudes qui n’existent pas.
Je pourrais dire aussi : « Oui ! »
Que le monde tangue, que certains bruits ressemblent à des grondements que nous avons déjà connus. Des grondements que j’ai connus, sur d’autres territoires. Que les cartes de la géopolitique se froissent. Que les nations se raidissent. Que les discours se durcissent. Que certains envisagent ou espèrent, on ne sait trop, le pire. Qu’il faudra peut-être s’attendre à avoir mal…
Mais si je fais cela, je vous vole votre paix, vos nuits, vos rêves.
Alors, entre ces rassurances et ces mauvais présages, en quoi aurais-je été un bon père, un grand-père aimant ?
Je suis pris entre ces deux vérités que je ne peux ignorer : l’une trop apaisante pour être sincère, l’autre trop sincère pour être rassurante.
Voilà où j’en suis. Voilà où nous en sommes.
Je vous le dis donc avec tout l’amour que je vous porte : « je ne sais pas ».
Et cette ignorance est un poids qui pèse sur mes épaules, qui assombrit mes journées et qui agite mes nuits. Un poids dont rien, je le crains, ne me débarrassera aisément.
Notre époque parle fort. Trop fort. Les voix s’entrechoquent, les discours — souvent vaniteux et inconsistants — se heurtent et se contredisent. Chacun se proclame responsable, mais nul ne semble prêt à assumer réellement quoi que ce soit dans ce scénario catastrophe qu’ils ne comprennent plus vraiment.
Dans cette confusion, il devient difficile de discerner nos amis de nos éventuels ennemis. Tout devient source de doute, de suspicion. Et cela vaut encore davantage pour ces médias qui, à force d’amplifier l’inquiétude, finissent par lui donner vie.
Tous parlent, et parlent mal. Ils usent de paroles trop apaisantes pour être honnêtes, ou trop honnêtes pour véritablement apaiser.
Le monde entier semble commenter l’Histoire en train de s’écrire, mais personne ne prend vraiment la peine de lui reprendre la plume. Le monde a parcouru tant de chemin depuis le dernier conflit mondial… Peut-être serait-il temps de faire une pause pour vérifier que nous ne nous sommes pas perdus en route. Rien n’oblige le monde à poursuivre sur ce mauvais chemin.
Et nous, pauvres adultes — ou qui nous prenons pour tels —, avançons au milieu de ces échos contradictoires, fallacieux ou sincères, comme des promeneurs perdus dans un brouillard épais. Chacun croit voir un mur, une crevasse, une lueur… mais personne ne distingue clairement ni la vérité, ni le mensonge, ni le vrai du faux.
Alors comment s’étonner que vous, mes enfants, me posiez aujourd’hui une question que je n’aurais jamais imaginé entendre en tant que père ?
Je vous avoue une immense tristesse.
Pas une tristesse tapageuse ou théâtrale. Non : celle, sourde, d’un père qui se rend compte qu’il n’a pas su vous transmettre un monde suffisamment solide pour apaiser vos prudentes inquiétudes, vos craintes légitimes, vos frayeurs juvéniles.
Celle d’un père qui constate que l’horizon se rétrécit, et que les générations suivantes regardent l’avenir non plus avec impatience, sérénité et optimisme, mais avec appréhension, anxiété et fatalisme.
Je vous ai vus grandir, rire, apprendre, tomber, vous relever… et jamais je n’aurais pensé qu’un jour vous me demanderiez si demain serait un champ de bataille.
Les pères devraient parler d’avenir, pas de survie. Ils devraient transmettre des raisons d’espérer, pas des modes d’emploi pour traverser des tempêtes annoncées.
Et pourtant… me voilà.
Alors laissez-moi vous dire ceci, même si ce n’est ni un oui ni un non : « n’ayez pas peur trop tôt. »
La peur est un poison lent. Elle ronge avant même que le danger n’arrive. Et elle finit par faire plus de dégâts que les événements qu’elle prétend anticiper.
Soyez vigilants, lucides, informés — mais ne vivez pas à genoux.
Faites des projets, aimez, construisez, voyagez, élevez vos enfants, riez fort, pleurez quand il le faut, gardez vos cœurs vaillants et vos âmes ouvertes.
Ce monde est trop souvent dur, mais il appartient encore à ceux qui le vivent, pas à ceux qui le voient déjà à l’agonie dans leurs discours.
Quant à moi, je vous accompagnerai du mieux que je peux. Je serai toujours là pour vous, tant que Dieu me prêtera vie. Je ne suis ni prophète, ni stratège. Je suis juste votre père, votre grand-père — un homme qui a vu des choses sombres et qui sait pourtant que la lumière revient toujours à un moment ou à un autre, parfois par la fenêtre, parfois par un simple geste de tendresse.
Je ne vous promets pas que l’avenir sera facile.
Je ne vous promets pas qu’il sera terrible.
Je vous promets seulement de rester là, auprès de vous, avec ma franchise, mes silences maladroits, ma tendresse qui n’ose pas toujours dire son nom, et ce désir têtu que vous soyez heureux malgré tout, contre tout.
Si un jour vous me reposez la même question, je vous répondrai sans honte : « je ne sais pas ».
Mais je vous regarderai avec la certitude que vous saurez avancer dans ce monde mieux que je ne pourrais le faire à votre place.
Et cela, ça vaut toutes les prophéties.
Avec tout mon amour,
Votre père, votre grand-père, pour toujours.
A suivre…
Mes très chers petits-enfants,
Je vous écris parce que vous m’avez posé une question qui me hante depuis cet instant :
« Devons-nous avoir peur qu’il y ait bientôt une troisième guerre mondiale ? »
Je n’ai pas tout de suite su quoi dire. J’ai compris, en cherchant mes mots comme on cherche ses pas dans une nuit sans étoile et sans Lune, que cette question ne parlait pas seulement d’une guerre que certains semblent presque appeler de leurs vœux.
Elle disait autre chose, de plus profond, de plus cruel peut-être : elle demandait à un père et à un grand-père pourquoi il ne savait plus — ou n’avait pas pu — protéger les siens dans ce monde devenu fou.
Je voudrais, bien sûr, vous répondre : « Non ! »
Vous dire que tout cela n’est qu’une période troublée, mais temporaire.
Que ceux qui dirigent notre beau pays savent ce qu’ils font ; que ces femmes et ces hommes sont des responsables soucieux de leurs concitoyens, et qu’ils sont, avant tout et surtout, les véritables défenseurs de la paix dans le monde. Et que la raison, au pays des Lumières, finira par reprendre ses droits. Mais je ne suis pas un marchand d’illusions, ni un conteur d’histoires pour enfants. Et vous me connaissez trop bien : j’ai trop longtemps vécu une arme à la main pour inventer des certitudes qui n’existent pas.
Je pourrais dire aussi : « Oui ! »
Que le monde tangue, que certains bruits ressemblent à des grondements que nous avons déjà connus. Des grondements que j’ai connus, sur d’autres territoires. Que les cartes de la géopolitique se froissent. Que les nations se raidissent. Que les discours se durcissent. Que certains envisagent ou espèrent, on ne sait trop, le pire. Qu’il faudra peut-être s’attendre à avoir mal…
Mais si je fais cela, je vous vole votre paix, vos nuits, vos rêves.
Alors, entre ces rassurances et ces mauvais présages, en quoi aurais-je été un bon père, un grand-père aimant ?
Je suis pris entre ces deux vérités que je ne peux ignorer : l’une trop apaisante pour être sincère, l’autre trop sincère pour être rassurante.
Voilà où j’en suis. Voilà où nous en sommes.
Je vous le dis donc avec tout l’amour que je vous porte : « je ne sais pas ».
Et cette ignorance est un poids qui pèse sur mes épaules, qui assombrit mes journées et qui agite mes nuits. Un poids dont rien, je le crains, ne me débarrassera aisément.
Notre époque parle fort. Trop fort. Les voix s’entrechoquent, les discours — souvent vaniteux et inconsistants — se heurtent et se contredisent. Chacun se proclame responsable, mais nul ne semble prêt à assumer réellement quoi que ce soit dans ce scénario catastrophe qu’ils ne comprennent plus vraiment.
Dans cette confusion, il devient difficile de discerner nos amis de nos éventuels ennemis. Tout devient source de doute, de suspicion. Et cela vaut encore davantage pour ces médias qui, à force d’amplifier l’inquiétude, finissent par lui donner vie.
Tous parlent, et parlent mal. Ils usent de paroles trop apaisantes pour être honnêtes, ou trop honnêtes pour véritablement apaiser.
Le monde entier semble commenter l’Histoire en train de s’écrire, mais personne ne prend vraiment la peine de lui reprendre la plume. Le monde a parcouru tant de chemin depuis le dernier conflit mondial… Peut-être serait-il temps de faire une pause pour vérifier que nous ne nous sommes pas perdus en route. Rien n’oblige le monde à poursuivre sur ce mauvais chemin.
Et nous, pauvres adultes — ou qui nous prenons pour tels —, avançons au milieu de ces échos contradictoires, fallacieux ou sincères, comme des promeneurs perdus dans un brouillard épais. Chacun croit voir un mur, une crevasse, une lueur… mais personne ne distingue clairement ni la vérité, ni le mensonge, ni le vrai du faux.
Alors comment s’étonner que vous, mes enfants, me posiez aujourd’hui une question que je n’aurais jamais imaginé entendre en tant que père ?
Je vous avoue une immense tristesse.
Pas une tristesse tapageuse ou théâtrale. Non : celle, sourde, d’un père qui se rend compte qu’il n’a pas su vous transmettre un monde suffisamment solide pour apaiser vos prudentes inquiétudes, vos craintes légitimes, vos frayeurs juvéniles.
Celle d’un père qui constate que l’horizon se rétrécit, et que les générations suivantes regardent l’avenir non plus avec impatience, sérénité et optimisme, mais avec appréhension, anxiété et fatalisme.
Je vous ai vus grandir, rire, apprendre, tomber, vous relever… et jamais je n’aurais pensé qu’un jour vous me demanderiez si demain serait un champ de bataille.
Les pères devraient parler d’avenir, pas de survie. Ils devraient transmettre des raisons d’espérer, pas des modes d’emploi pour traverser des tempêtes annoncées.
Et pourtant… me voilà.
Alors laissez-moi vous dire ceci, même si ce n’est ni un oui ni un non : « n’ayez pas peur trop tôt. »
La peur est un poison lent. Elle ronge avant même que le danger n’arrive. Et elle finit par faire plus de dégâts que les événements qu’elle prétend anticiper.
Soyez vigilants, lucides, informés — mais ne vivez pas à genoux.
Faites des projets, aimez, construisez, voyagez, élevez vos enfants, riez fort, pleurez quand il le faut, gardez vos cœurs vaillants et vos âmes ouvertes.
Ce monde est trop souvent dur, mais il appartient encore à ceux qui le vivent, pas à ceux qui le voient déjà à l’agonie dans leurs discours.
Quant à moi, je vous accompagnerai du mieux que je peux. Je serai toujours là pour vous, tant que Dieu me prêtera vie. Je ne suis ni prophète, ni stratège. Je suis juste votre père, votre grand-père — un homme qui a vu des choses sombres et qui sait pourtant que la lumière revient toujours à un moment ou à un autre, parfois par la fenêtre, parfois par un simple geste de tendresse.
Je ne vous promets pas que l’avenir sera facile.
Je ne vous promets pas qu’il sera terrible.
Je vous promets seulement de rester là, auprès de vous, avec ma franchise, mes silences maladroits, ma tendresse qui n’ose pas toujours dire son nom, et ce désir têtu que vous soyez heureux malgré tout, contre tout.
Si un jour vous me reposez la même question, je vous répondrai sans honte : « je ne sais pas ».
Mais je vous regarderai avec la certitude que vous saurez avancer dans ce monde mieux que je ne pourrais le faire à votre place.
Et cela, ça vaut toutes les prophéties.
Avec tout mon amour,
Votre père, votre grand-père, pour toujours.
A suivre…
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