Sans képi, mais pas sans loyauté
Le texte qui suit est animé par une fidélité sincère à l’institution et par le souci de cohérence dans le fonctionnement des amicales. Il aborde sans détour une question souvent éludée, la place réellement accordée aux sympathisants.
Cette réflexion n’est ni polémique ni iconoclaste. Elle met simplement en lumière certaines contradictions d’un discours qui revendique l’accueil tout en réduisant parfois l’engagement civil à une utilité essentiellement matérielle. Le propos peut déranger, mais il reste fondé sur le respect, la logique et l’esprit de fraternité.
Ce texte d'Antoine s’adresse à tous ceux qui font vivre les amicales, anciens légionnaires comme sympathisants, et invite à une lecture lucide, ouverte et honnête, au service d’une tradition qui ne se préserve qu’en restant fidèle à ses valeurs humaines.
Louis Perez y Cid
Servir sans appartenir :
la place des sympathisants dans les amicales
Par Antoine Marquet,Lieutenant-Colonel (TE-er).
Chers sympathisants,
À la lecture attentive du texte consacré à l’« accueil des jeunes anciens légionnaires », produit comme un « document de travail » par un responsable régional d’amicales Légion, une constante s’impose : la place accordée aux sympathisants non-légionnaires y est à la fois marginale, méfiante et fondamentalement utilitariste.
Certes, le propos se veut rassurant. Les sympathisants sont dits « discrets », « sympathiques », « utiles ». Mais cette bienveillance de façade ne résiste jamais longtemps à l’argumentaire général, qui les ramène invariablement à une fonction unique : compenser financièrement et logistiquement l’érosion des effectifs légionnaires.
Autrement dit, le sympathisant est acceptable tant qu’il paie, aide, porte des chaises ou sert à équilibrer un budget. Mais il devient aussitôt problématique dès qu’il existe autrement.
Cette approche pose un problème de fond.
Car comment peut-on, d’un côté, rejeter avec vigueur la réduction de l’ancien légionnaire au statut de « simple civil », et, de l’autre, réduire des civils engagés, fidèles et investis à de simples lignes comptables ? La contradiction est manifeste.
Le texte prétend refuser la « dilution » de l’esprit légionnaire, mais il oublie une évidence historique : la Légion n’a jamais vécu en vase clos. Elle s’est toujours appuyée sur des soutiens civils, des familles, des marraines, des amis, qui n’étaient ni légionnaires, ni intrus, ni menaces, mais des relais, des témoins et parfois des gardiens de la mémoire.
En assimilant systématiquement les sympathisants à un risque de dérive, de copinage ou de fantaisie, l’auteur révèle moins une exigence de rigueur qu’une crainte du partage. Or une identité qui ne se transmet plus que par exclusion finit par se réduire à elle-même.
Plus troublant encore : le texte accepte sans difficulté l’argent des sympathisants, tout en contestant leur présence symbolique. Cette dissociation entre contribution matérielle et reconnaissance morale n’est ni juste, ni fidèle à l’esprit de camaraderie que l’on prétend défendre.
Si la finalité des AALE est réellement l’accueil, la cohésion et la transmission, alors il faut assumer que certains, sans avoir porté le képi blanc, choisissent néanmoins de servir la famille légionnaire avec constance et loyauté. Les considérer uniquement comme une variable d’ajustement financière n’est pas un acte de fidélité à la tradition — c’est un appauvrissement de celle-ci.
Préserver l’identité légionnaire ne consiste pas à dresser des murs toujours plus hauts, mais à savoir qui l’on est, assez solidement, pour accueillir sans se renier.
Certains d’entre vous ayant eu accès au texte dont il est question, veulent se désengager, s’estimant assez blessés dans leur auto-estime.
N’en faites rien. Ignorez ce texte. Les anciens légionnaires dans les amicales sont les seuls juges et, apparemment, ils n’excluent personne.
Chers sympathisants,
À la lecture attentive du texte consacré à l’« accueil des jeunes anciens légionnaires », produit comme un « document de travail » par un responsable régional d’amicales Légion, une constante s’impose : la place accordée aux sympathisants non-légionnaires y est à la fois marginale, méfiante et fondamentalement utilitariste.
Certes, le propos se veut rassurant. Les sympathisants sont dits « discrets », « sympathiques », « utiles ». Mais cette bienveillance de façade ne résiste jamais longtemps à l’argumentaire général, qui les ramène invariablement à une fonction unique : compenser financièrement et logistiquement l’érosion des effectifs légionnaires.
Autrement dit, le sympathisant est acceptable tant qu’il paie, aide, porte des chaises ou sert à équilibrer un budget. Mais il devient aussitôt problématique dès qu’il existe autrement.
Cette approche pose un problème de fond.
Car comment peut-on, d’un côté, rejeter avec vigueur la réduction de l’ancien légionnaire au statut de « simple civil », et, de l’autre, réduire des civils engagés, fidèles et investis à de simples lignes comptables ? La contradiction est manifeste.
Le texte prétend refuser la « dilution » de l’esprit légionnaire, mais il oublie une évidence historique : la Légion n’a jamais vécu en vase clos. Elle s’est toujours appuyée sur des soutiens civils, des familles, des marraines, des amis, qui n’étaient ni légionnaires, ni intrus, ni menaces, mais des relais, des témoins et parfois des gardiens de la mémoire.
En assimilant systématiquement les sympathisants à un risque de dérive, de copinage ou de fantaisie, l’auteur révèle moins une exigence de rigueur qu’une crainte du partage. Or une identité qui ne se transmet plus que par exclusion finit par se réduire à elle-même.
Plus troublant encore : le texte accepte sans difficulté l’argent des sympathisants, tout en contestant leur présence symbolique. Cette dissociation entre contribution matérielle et reconnaissance morale n’est ni juste, ni fidèle à l’esprit de camaraderie que l’on prétend défendre.
Si la finalité des AALE est réellement l’accueil, la cohésion et la transmission, alors il faut assumer que certains, sans avoir porté le képi blanc, choisissent néanmoins de servir la famille légionnaire avec constance et loyauté. Les considérer uniquement comme une variable d’ajustement financière n’est pas un acte de fidélité à la tradition — c’est un appauvrissement de celle-ci.
Préserver l’identité légionnaire ne consiste pas à dresser des murs toujours plus hauts, mais à savoir qui l’on est, assez solidement, pour accueillir sans se renier.
Certains d’entre vous ayant eu accès au texte dont il est question, veulent se désengager, s’estimant assez blessés dans leur auto-estime.
N’en faites rien. Ignorez ce texte. Les anciens légionnaires dans les amicales sont les seuls juges et, apparemment, ils n’excluent personne.