Vous avez dit
Communauté Européenne* ?
Par Louis Perez y Cid
L'histoire d’une puissance qui a renoncé
Je vous parle de notre Europe, non telle qu’elle se raconte, mais telle qu’elle est objectivement devenue dans le système international.
Ici je mets en relief les rapports de force, ce qui est précisément le rôle de l’histoire.
Ici je mets en relief les rapports de force, ce qui est précisément le rôle de l’histoire.
Le paradoxe européen
L’Europe est un paradoxe historique.
Elle est le continent qui a inventé l’État moderne, la souveraineté, l’impôt, la guerre industrielle, le capitalisme, le droit international et l’universalisme politique. Elle a dominé le monde pendant plusieurs siècles, avant de s’effondrer sous le poids de ses propres rivalités.
Aujourd’hui, l’Europe n’est ni pauvre, ni faible au sens matériel. Elle est riche, instruite, technologiquement avancée, démographiquement significative. Pourtant, elle n’est plus une puissance politique souveraine. Elle subit plus qu’elle n’agit. Elle réagit plus qu’elle ne décide.
Ce déclassement n’est pas accidentel. Il est le produit d’une histoire précise.
Elle est le continent qui a inventé l’État moderne, la souveraineté, l’impôt, la guerre industrielle, le capitalisme, le droit international et l’universalisme politique. Elle a dominé le monde pendant plusieurs siècles, avant de s’effondrer sous le poids de ses propres rivalités.
Aujourd’hui, l’Europe n’est ni pauvre, ni faible au sens matériel. Elle est riche, instruite, technologiquement avancée, démographiquement significative. Pourtant, elle n’est plus une puissance politique souveraine. Elle subit plus qu’elle n’agit. Elle réagit plus qu’elle ne décide.
Ce déclassement n’est pas accidentel. Il est le produit d’une histoire précise.
L’Europe avant l’Europe. Puissance, conflits et autodestruction
Pendant l’Antiquité et le Moyen Âge, l’Europe se structure autour de rivalités constantes. Les cités grecques inventent la politique, mais s’épuisent dans la guerre. Rome unifie un vaste espace, puis s’effondre sous son propre poids. Le Moyen Âge voit l’émergence de royaumes concurrents, encadrés par l’Église, seule institution transnationale durable.
À partir de la Renaissance, l’Europe entre dans une phase de domination mondiale. Elle conquiert, colonise, exploite. Elle impose ses langues, ses religions, ses modèles économiques. Mais cette expansion ne produit pas l’unité, elle exporte la violence tout en l’entretenant sur le continent.
Les guerres de religion, les rivalités dynastiques, puis les conflits nationaux du XIXe siècle conduisent à l’apothéose de la puissance européenne… et à son suicide.
Les guerres mondiales.
La fin de l’Europe maîtresse de son destin.
La Première Guerre mondiale marque une rupture définitive. L’Europe déclenche un conflit qu’elle est incapable de maîtriser seule. Les États-Unis entrent en guerre tardivement, non par solidarité morale, mais par intérêt économique et stratégique. Leur intervention est décisive.
Après 1918, les États-Unis tentent d’imposer un nouvel ordre mondial à travers la Société des Nations, puis s’en retirent. L’Europe reste seule, affaiblie, instable, incapable d’empêcher la montée des totalitarismes.
Le krach de 1929, né aux États-Unis, frappe de plein fouet une Europe dépendante des capitaux américains. La crise économique alimente les régimes autoritaires, notamment en Allemagne.
La Seconde Guerre mondiale achève le processus. L’Europe devient un champ de bataille. Sa libération dépend une nouvelle fois de forces extérieures. En 1945, le continent est ruiné, démographiquement affaibli, politiquement disqualifié.
Le centre du monde s’est déplacé.
La Première Guerre mondiale marque une rupture définitive. L’Europe déclenche un conflit qu’elle est incapable de maîtriser seule. Les États-Unis entrent en guerre tardivement, non par solidarité morale, mais par intérêt économique et stratégique. Leur intervention est décisive.
Après 1918, les États-Unis tentent d’imposer un nouvel ordre mondial à travers la Société des Nations, puis s’en retirent. L’Europe reste seule, affaiblie, instable, incapable d’empêcher la montée des totalitarismes.
Le krach de 1929, né aux États-Unis, frappe de plein fouet une Europe dépendante des capitaux américains. La crise économique alimente les régimes autoritaires, notamment en Allemagne.
La Seconde Guerre mondiale achève le processus. L’Europe devient un champ de bataille. Sa libération dépend une nouvelle fois de forces extérieures. En 1945, le continent est ruiné, démographiquement affaibli, politiquement disqualifié.
Le centre du monde s’est déplacé.
Les États-Unis. Protecteurs, architectes et dominateurs.
Après 1945, les États-Unis imposent un nouvel ordre international. Le plan Marshall reconstruit l’Europe occidentale, mais l’insère dans un système économique libéral dominé par le dollar. Les accords de Bretton Woods font de la monnaie américaine le pivot du commerce mondial.
La sécurité européenne est confiée à l’OTAN, alliance militaire sous commandement américain. Pour la première fois de son histoire, l’Europe délègue sa défense à une puissance non européenne.
Cette domination n’est pas brutale. Elle est rationnelle, efficace, acceptée. Elle apporte la paix, la prospérité, la stabilité. Mais elle installe une dépendance structurelle,militaire, monétaire, technologique et culturelle.
L’Europe se reconstruit, mais elle ne redevient pas souveraine.
La sécurité européenne est confiée à l’OTAN, alliance militaire sous commandement américain. Pour la première fois de son histoire, l’Europe délègue sa défense à une puissance non européenne.
Cette domination n’est pas brutale. Elle est rationnelle, efficace, acceptée. Elle apporte la paix, la prospérité, la stabilité. Mais elle installe une dépendance structurelle,militaire, monétaire, technologique et culturelle.
L’Europe se reconstruit, mais elle ne redevient pas souveraine.
La décolonisation. Une perte de puissance sous contrainte.
Après 1945, l’Europe perd non seulement sa centralité stratégique, mais aussi ses empires. Présentée comme un processus moral fondé sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la décolonisation s’inscrit surtout dans un nouveau rapport de force mondial défavorable aux puissances européennes.
Les États-Unis et l’URSS, pour des raisons différentes, convergent pour affaiblir les empires coloniaux. Washington y voit un frein au libre-échange, Moscou une domination impérialiste à abattre. Affaiblie, endettée et dépendante de l’aide américaine, l’Europe dispose de peu de marges de manœuvre. Le plan Marshall, tout en permettant la reconstruction, renforce cette contrainte, maintenir les empires devient incompatible avec l’intégration dans l’ordre occidental dominé par les États-Unis.
La décolonisation résulte donc autant d’une perte de capacité à imposer la force que d’un choix moral. Elle coïncide avec le renoncement européen à une puissance militaire autonome et accélère son déclassement stratégique. Privée des ressources, débouchés et leviers d’influence fournis par les empires, l’Europe se replie sur son espace continental, tandis que les États-Unis acquièrent une influence mondiale sans colonies formelles.
La décolonisation marque ainsi une rupture définitive, l’Europe cesse d’être un centre impérial pour devenir un ensemble d’États moyens, dépendants de garanties extérieures pour leur sécurité et leur prospérité.
Les États-Unis et l’URSS, pour des raisons différentes, convergent pour affaiblir les empires coloniaux. Washington y voit un frein au libre-échange, Moscou une domination impérialiste à abattre. Affaiblie, endettée et dépendante de l’aide américaine, l’Europe dispose de peu de marges de manœuvre. Le plan Marshall, tout en permettant la reconstruction, renforce cette contrainte, maintenir les empires devient incompatible avec l’intégration dans l’ordre occidental dominé par les États-Unis.
La décolonisation résulte donc autant d’une perte de capacité à imposer la force que d’un choix moral. Elle coïncide avec le renoncement européen à une puissance militaire autonome et accélère son déclassement stratégique. Privée des ressources, débouchés et leviers d’influence fournis par les empires, l’Europe se replie sur son espace continental, tandis que les États-Unis acquièrent une influence mondiale sans colonies formelles.
La décolonisation marque ainsi une rupture définitive, l’Europe cesse d’être un centre impérial pour devenir un ensemble d’États moyens, dépendants de garanties extérieures pour leur sécurité et leur prospérité.
La construction européenne. La paix par le marché.
Face au chaos du passé et sous parapluie américain, les Européens font un choix inédit, lier leurs économies pour empêcher la guerre. La CECA, puis la CEE, puis l’Union européenne naissent d’un calcul froid, rendre le conflit matériellement impossible.
Cette construction est un succès historique. Aucun autre continent n’a transformé la guerre en coopération de manière aussi durable.
Mais ce succès a un prix. L’Europe se construit sans État, sans armée, sans peuple politique unifié. Elle privilégie la norme au détriment de la puissance, le droit au détriment de la contrainte, l’économie au détriment du stratégique.
Elle devient une puissance de règles dans un monde de forces.
Cette construction est un succès historique. Aucun autre continent n’a transformé la guerre en coopération de manière aussi durable.
Mais ce succès a un prix. L’Europe se construit sans État, sans armée, sans peuple politique unifié. Elle privilégie la norme au détriment de la puissance, le droit au détriment de la contrainte, l’économie au détriment du stratégique.
Elle devient une puissance de règles dans un monde de forces.
Le XXIe siècle. Le retour du tragique.
La fin de la guerre froide nourrit l’illusion d’un monde pacifié. Elle est de courte durée.
Les crises financières, les guerres régionales, le terrorisme, la pandémie, puis la guerre en Ukraine rappellent une réalité simple, l’histoire n’est pas morale, elle est conflictuelle.
La guerre en Ukraine révèle crûment la position européenne. Sans les États-Unis, l’Europe est incapable de soutenir un conflit de haute intensité. Les sanctions qu’elle adopte frappent davantage son économie que celle de ses adversaires. Son industrie recule, son énergie renchérit, sa dépendance s’accroît.
Dans le même temps, la Chine planifie, investit, sécurise ses chaînes de valeur. Elle traite la puissance comme un fait, non comme un tabou.
Les crises financières, les guerres régionales, le terrorisme, la pandémie, puis la guerre en Ukraine rappellent une réalité simple, l’histoire n’est pas morale, elle est conflictuelle.
La guerre en Ukraine révèle crûment la position européenne. Sans les États-Unis, l’Europe est incapable de soutenir un conflit de haute intensité. Les sanctions qu’elle adopte frappent davantage son économie que celle de ses adversaires. Son industrie recule, son énergie renchérit, sa dépendance s’accroît.
Dans le même temps, la Chine planifie, investit, sécurise ses chaînes de valeur. Elle traite la puissance comme un fait, non comme un tabou.
Le cœur du sujet. La souveraineté refusée.
L’Europe n’est pas faible par manque de moyens. Elle est faible parce qu’elle refuse les implications de la souveraineté.
Pour être souverain, il lui faut :
• accepter le conflit,
• assumer le coût de la puissance,
• subordonner l’économie à la stratégie,
• choisir, donc exclure.
L’Europe a fait le choix de l’équilibre, du compromis, de la régulation. Ces qualités sont précieuses en temps de paix. Elles deviennent des faiblesses dans un monde de rivalités.
Pour être souverain, il lui faut :
• accepter le conflit,
• assumer le coût de la puissance,
• subordonner l’économie à la stratégie,
• choisir, donc exclure.
L’Europe a fait le choix de l’équilibre, du compromis, de la régulation. Ces qualités sont précieuses en temps de paix. Elles deviennent des faiblesses dans un monde de rivalités.
Un choix inconfortable ?
L’Europe n’est pas une victime.
Elle est un continent qui a choisi la sécurité contre la souveraineté.
Elle a troqué la puissance contre le confort, la décision contre la procédure, le tragique contre la morale. Ce choix lui a offert quatre- vingt ans de paix, un exploit historique, mais il l’a transformée en espace protégé plutôt qu’en acteur autonome.
Le monde ne punit pas l’Europe. Il l’utilise.
Tant que l’Europe refusera d’assumer la violence potentielle de la politique, elle restera dépendante de ceux qui l’acceptent à sa place. La puissance ne disparaît pas, elle change de mains.
Elle est un continent qui a choisi la sécurité contre la souveraineté.
Elle a troqué la puissance contre le confort, la décision contre la procédure, le tragique contre la morale. Ce choix lui a offert quatre- vingt ans de paix, un exploit historique, mais il l’a transformée en espace protégé plutôt qu’en acteur autonome.
Le monde ne punit pas l’Europe. Il l’utilise.
Tant que l’Europe refusera d’assumer la violence potentielle de la politique, elle restera dépendante de ceux qui l’acceptent à sa place. La puissance ne disparaît pas, elle change de mains.
L’Europe ou l’abdication
L’histoire européenne est sans appel, les civilisations qui renoncent à leur souveraineté ne disparaissent pas par conquête, mais par abdication.
La guerre en Ukraine n’est pas seulement un conflit régional, elle agit comme un révélateur brutal. La Russie n’a ni les moyens ni l’intention d’envahir l’Europe. Elle cherche à sécuriser ses frontières et à restaurer une zone d’influence. Pendant ce temps, l’Europe finance, s’aligne, s’indigne, mais ne décide plus. Privée de puissance militaire, énergétique et diplomatique autonome, elle n’est plus un acteur, mais un théâtre.
Le sabotage du gazoduc Nord Stream, s’il devait être confirmé comme une action américaine, constituerait un acte de vassalisation manifeste, la destruction délibérée d’un intérêt stratégique européen au nom d’un agenda extérieur. Ce serait aussi le signe avant-coureur d’un ordre occidental en fin de cycle.
Que dit l’Europe face à l’enlèvement, manu militari, d’un chef d’État vénézuélien, expédié vers les États-Unis pour y être jugé, en violation assumée du droit international ?
Absolument rien.
L’Europe observe, s’indigne intérieurement peut-être, puis se tait. Elle confirme ainsi son rôle, spectatrice polie des rapports de force. Sur l’échiquier mondial, elle n’est plus un joueur, mais le plateau, un morceau de viande soigneusement emballé, posé au milieu des carnivores.
L’Europe est désormais placée devant une alternative que l’histoire ne laisse jamais indéfiniment ouverte.
Assumer sa dépendance et accepter son déclassement, ou redevenir une puissance souveraine et responsable de son destin.
L’indécision n’est pas une option. Elle ne l’a jamais été.
Nota.
Avant de méditer sur l'avenir, lisez ce texte de Victor Hugo, son discours au Congrès de la Paix, Paris, 1849 .
« Jadis, la Normandie faisait la guerre à la Bretagne, la Bourgogne à la Champagne, la Provence au Dauphiné. Aujourd’hui, il n’y a plus de guerres entre ces provinces ; elles sont toutes réunies et confondues dans la patrie. Il en sera de même un jour pour l’Europe... Les États Unis d'Europe»
Qui sait ? Nécessité fait loi.
La guerre en Ukraine n’est pas seulement un conflit régional, elle agit comme un révélateur brutal. La Russie n’a ni les moyens ni l’intention d’envahir l’Europe. Elle cherche à sécuriser ses frontières et à restaurer une zone d’influence. Pendant ce temps, l’Europe finance, s’aligne, s’indigne, mais ne décide plus. Privée de puissance militaire, énergétique et diplomatique autonome, elle n’est plus un acteur, mais un théâtre.
Le sabotage du gazoduc Nord Stream, s’il devait être confirmé comme une action américaine, constituerait un acte de vassalisation manifeste, la destruction délibérée d’un intérêt stratégique européen au nom d’un agenda extérieur. Ce serait aussi le signe avant-coureur d’un ordre occidental en fin de cycle.
Que dit l’Europe face à l’enlèvement, manu militari, d’un chef d’État vénézuélien, expédié vers les États-Unis pour y être jugé, en violation assumée du droit international ?
Absolument rien.
L’Europe observe, s’indigne intérieurement peut-être, puis se tait. Elle confirme ainsi son rôle, spectatrice polie des rapports de force. Sur l’échiquier mondial, elle n’est plus un joueur, mais le plateau, un morceau de viande soigneusement emballé, posé au milieu des carnivores.
L’Europe est désormais placée devant une alternative que l’histoire ne laisse jamais indéfiniment ouverte.
Assumer sa dépendance et accepter son déclassement, ou redevenir une puissance souveraine et responsable de son destin.
L’indécision n’est pas une option. Elle ne l’a jamais été.
Nota.
Avant de méditer sur l'avenir, lisez ce texte de Victor Hugo, son discours au Congrès de la Paix, Paris, 1849 .
« Jadis, la Normandie faisait la guerre à la Bretagne, la Bourgogne à la Champagne, la Provence au Dauphiné. Aujourd’hui, il n’y a plus de guerres entre ces provinces ; elles sont toutes réunies et confondues dans la patrie. Il en sera de même un jour pour l’Europe... Les États Unis d'Europe»
Qui sait ? Nécessité fait loi.