Chronique Laotienne 4/6
Par Lt-colonel (TE-er) Antoine Marquet
24 janvier 2024 toujours
La route suit, aux trois quarts, la rivière Pak Ou affluente de la Nam Ou elle-même affluente du Mékong. Soudain le conducteur quitte la piste principale et prend une route à droite en direction de Khouang Rip 7 km au sud de Khouang Kouei. Après quelques centaines de mètres nous arrivons dans un petit hameau dont les habitants festoient allègrement autour d’un événement que nous découvrons être le mariage de la fille du chef du village.
Nous sommes accueillis avec force bière et petits verres d’alcool de riz. Dans cette joie générale nous dansons avec eux, buvons avec eux et mangeons avec eux. Certains nous proposent leur maison, nous resservent à manger et à boire… dans mon bol de soupe je vois deux boules de viande que mes camarades s’empressent d’identifier, après que j’ai mangé l’une d’elles, comme des testicules de chien ! En fait il s’agirait de morceaux d’estomac de porc grillé ! J’avais vu griller cet organe au barbecue à Mouang Khoua, mais… le doute subsiste !
Se pose maintenant la question de comment quitter ce village sans heurter les aimables villageois qui nous ont si généreusement accueillis. Jacky a une bonne idée. Sans rien dire à personne il est allé chercher une caisse de bière dans notre camion et l’a offerte, déclenchant une nouvelle allégresse générale mais de nouvelles libations nous accrochaient à nos tabourets. C’est Raoul qui a trouvé la bonne solution. Il s’est mis près du disc-jockey et a appelé le chef du village pour lui remettre une liasse de billets destinée au village ou à la mariée, on ne sait, mais sous les applaudissements nous avons pu rejoindre notre camion malgré quelques tentatives des natifs de nous redonner à boire.
La petite population nous a vu partir à regret et nous restions saisis par cette chaleureuse manifestation.
Revenus sur la route principale, nous avons enfin rejoint le point géographique qui marque l’entrée du grand talweg où Cabaribère a engagé ses unités. Nous l’avons déterminé grâce au Journal des Marches et Opérations, au rapport du commandant Cabaribère, aux cartes de l’armée américaine que nous a procurées Jean-Luc Martin par l’intermédiaire de notre ami Jean-Yves Gourin, et aux photos satellite. C’est à cet endroit précis que nous organisons une micro cérémonie en mémoire de nos anciens, morts et oubliés de tous.
24 janvier 2024 toujours
La route suit, aux trois quarts, la rivière Pak Ou affluente de la Nam Ou elle-même affluente du Mékong. Soudain le conducteur quitte la piste principale et prend une route à droite en direction de Khouang Rip 7 km au sud de Khouang Kouei. Après quelques centaines de mètres nous arrivons dans un petit hameau dont les habitants festoient allègrement autour d’un événement que nous découvrons être le mariage de la fille du chef du village.
Nous sommes accueillis avec force bière et petits verres d’alcool de riz. Dans cette joie générale nous dansons avec eux, buvons avec eux et mangeons avec eux. Certains nous proposent leur maison, nous resservent à manger et à boire… dans mon bol de soupe je vois deux boules de viande que mes camarades s’empressent d’identifier, après que j’ai mangé l’une d’elles, comme des testicules de chien ! En fait il s’agirait de morceaux d’estomac de porc grillé ! J’avais vu griller cet organe au barbecue à Mouang Khoua, mais… le doute subsiste !
Se pose maintenant la question de comment quitter ce village sans heurter les aimables villageois qui nous ont si généreusement accueillis. Jacky a une bonne idée. Sans rien dire à personne il est allé chercher une caisse de bière dans notre camion et l’a offerte, déclenchant une nouvelle allégresse générale mais de nouvelles libations nous accrochaient à nos tabourets. C’est Raoul qui a trouvé la bonne solution. Il s’est mis près du disc-jockey et a appelé le chef du village pour lui remettre une liasse de billets destinée au village ou à la mariée, on ne sait, mais sous les applaudissements nous avons pu rejoindre notre camion malgré quelques tentatives des natifs de nous redonner à boire.
La petite population nous a vu partir à regret et nous restions saisis par cette chaleureuse manifestation.
Revenus sur la route principale, nous avons enfin rejoint le point géographique qui marque l’entrée du grand talweg où Cabaribère a engagé ses unités. Nous l’avons déterminé grâce au Journal des Marches et Opérations, au rapport du commandant Cabaribère, aux cartes de l’armée américaine que nous a procurées Jean-Luc Martin par l’intermédiaire de notre ami Jean-Yves Gourin, et aux photos satellite. C’est à cet endroit précis que nous organisons une micro cérémonie en mémoire de nos anciens, morts et oubliés de tous.
Nous avons apporté nos bérets verts, Baillaud son béret rouge, Jacky son fanion des anciens combattants avec sa belle grenade dorée sur fond à nos couleurs ; une petite pancarte, montée sur deux bambous portait :
« En souvenir des 228 légionnaires tués et oubliés des combats de
Kouang Kouei
31 - 01 au 01- 02 - 54
Nord-Laos »
Puis, nous nous sommes mis au salut et commandé « Aux morts » pour observer une minute de silence qui s’est terminée par les notes du Boudin, enregistrées par Jean-Pierre sur son téléphone.
« Dormez dans la grandeur de votre sacrifice,
Dormez, que nul regret ne vienne vous hanter,
Dormez dans cette paix large et libératrice,
Où ma pensée en deuil ira vous visiter »
Des anti-militaristes primaires ou des indifférents auraient pu trouver cette micro-cérémonie ridicule. Et pourtant, pour nous elle fut très émouvante et pleine de sens car dans ce fond de talweg que la brume envahissait déjà, nous avons salué nos camarades, nos anciens, morts et oubliés. Nos morts sans linceul.
Nous tenons à remercier tout particulièrement notre camarade le général Jean Baillaud, ancien chef de corps du 1er RCP, qui s’est recueilli et ému comme nous à la mémoire de ces braves qui, par une mauvaise interprétation d’un message y ont perdu la vie.
Nous savons que deux ou trois mois après ces combats meurtriers, un bataillon du 2e REI est passé par là et ses légionnaires ont enseveli comme ils ont pu ce qu’il restait de nos malheureux anciens.
Le froid s’installait et Jacky, bien équipé malgré la sécurité dans les gares, nous a offert du café chaud très réconfortant.
Retour à Mouang Khoua. Le soir avant dîner visite d’un bistrot tenu par un jeune français qui y vit depuis 9 ans (!). Le gars n’a pas 30 ans ! Pour vivre dans une petite ville sans aucune distraction au fin fond du nord Laos, il faut avoir un moral d’acier. Nous avons bu une bière et aurions mangé volontiers mais pour des raisons restées floues dans nos esprits, il a plus ou moins arrêté le volet restauration de son bistrot.
Nous avons donc dîné dans la petite esplanade ou nous prenons nos petits déjeuners. Cuisine laotienne rustique mais très bonne.
25 janvier 2024
Visite des lieux de combat à Mouang Khoua et en particulier des trois points d’appui Alpha – Pi – La Souricière.
Levés de très bonne heure, Jean-Pierre et Jacky se sont rendus sur La Souricière que Jean et moi n’avons pas visité.
Le poste de Mouang Khoua est situé à 400 mètres d’altitude dans cette très montagneuse région du nord Laos, à 80 km de Dien Bien Phu à vol d’oiseau mais à 100 km par la piste. C’est un véritable trou isolé et dominé par des sommets impressionnants.
Il se trouve forcément sur la route des troupes vietminh venant du nord Vietnam quand elles lancent une offensive sur Louang Prabang. La rivière Nam Ou qui y passe coule dans des gorges encaissées où les sommets environnants peuvent atteindre 1700 mètres d’altitude sur une très courte distance. Venant de l’ouest, la petite rivière Nam Pak qui borde longuement la piste qui mène à Mouang Xai se jette dans la Nam Ou à Mouang Khoua. Le poste est donc placé au confluent des deux rivières.
Les déplacements ne se comptent pas en kilomètres mais en heures de marche à cause des dénivelées mouvementées. Pour avoir une idée de ce que représente crapahuter dans cette région, le logiciel Google Maps donne une dénivelée positive de 730 mètres pour le tronçon de 9 kilomètres topo de Mouang Khoua à Kouang Khouei. A cause de l’altitude la température est très fraîche la nuit et modérée la journée pendant la saison sèche en Janvier-Février.
Le poste est constitué par 3 points d’appui distants de 200 mètres les uns des autres pouvant s’appuyer mutuellement. Le point appelé La Souricière est établi sur le mouvement de terrain au nord de la Nam Ou et surplombait le village de l’époque.
Les points Alpha et Pi ont été aménagés sur deux mouvements de terrain au sud du confluent de la Nam Pak avec la Nam Ou. Une passerelle suspendue, inexistante à l’époque, permet de joindre les deux points.
Les troupes vietminh utilisaient pour traverser, de longs tapis en bambou tressé qu’ils posaient sur des bancs de sable ou bordés de bidons en plastique faisant office de flotteurs.
L’après-midi est consacré à la visite de Sop Nao, à 40 km, ancienne piste reliant Dien Bien Phu.
A suivre...
Nous tenons à remercier tout particulièrement notre camarade le général Jean Baillaud, ancien chef de corps du 1er RCP, qui s’est recueilli et ému comme nous à la mémoire de ces braves qui, par une mauvaise interprétation d’un message y ont perdu la vie.
Nous savons que deux ou trois mois après ces combats meurtriers, un bataillon du 2e REI est passé par là et ses légionnaires ont enseveli comme ils ont pu ce qu’il restait de nos malheureux anciens.
Le froid s’installait et Jacky, bien équipé malgré la sécurité dans les gares, nous a offert du café chaud très réconfortant.
Retour à Mouang Khoua. Le soir avant dîner visite d’un bistrot tenu par un jeune français qui y vit depuis 9 ans (!). Le gars n’a pas 30 ans ! Pour vivre dans une petite ville sans aucune distraction au fin fond du nord Laos, il faut avoir un moral d’acier. Nous avons bu une bière et aurions mangé volontiers mais pour des raisons restées floues dans nos esprits, il a plus ou moins arrêté le volet restauration de son bistrot.
Nous avons donc dîné dans la petite esplanade ou nous prenons nos petits déjeuners. Cuisine laotienne rustique mais très bonne.
25 janvier 2024
Visite des lieux de combat à Mouang Khoua et en particulier des trois points d’appui Alpha – Pi – La Souricière.
Levés de très bonne heure, Jean-Pierre et Jacky se sont rendus sur La Souricière que Jean et moi n’avons pas visité.
Le poste de Mouang Khoua est situé à 400 mètres d’altitude dans cette très montagneuse région du nord Laos, à 80 km de Dien Bien Phu à vol d’oiseau mais à 100 km par la piste. C’est un véritable trou isolé et dominé par des sommets impressionnants.
Il se trouve forcément sur la route des troupes vietminh venant du nord Vietnam quand elles lancent une offensive sur Louang Prabang. La rivière Nam Ou qui y passe coule dans des gorges encaissées où les sommets environnants peuvent atteindre 1700 mètres d’altitude sur une très courte distance. Venant de l’ouest, la petite rivière Nam Pak qui borde longuement la piste qui mène à Mouang Xai se jette dans la Nam Ou à Mouang Khoua. Le poste est donc placé au confluent des deux rivières.
Les déplacements ne se comptent pas en kilomètres mais en heures de marche à cause des dénivelées mouvementées. Pour avoir une idée de ce que représente crapahuter dans cette région, le logiciel Google Maps donne une dénivelée positive de 730 mètres pour le tronçon de 9 kilomètres topo de Mouang Khoua à Kouang Khouei. A cause de l’altitude la température est très fraîche la nuit et modérée la journée pendant la saison sèche en Janvier-Février.
Le poste est constitué par 3 points d’appui distants de 200 mètres les uns des autres pouvant s’appuyer mutuellement. Le point appelé La Souricière est établi sur le mouvement de terrain au nord de la Nam Ou et surplombait le village de l’époque.
Les points Alpha et Pi ont été aménagés sur deux mouvements de terrain au sud du confluent de la Nam Pak avec la Nam Ou. Une passerelle suspendue, inexistante à l’époque, permet de joindre les deux points.
Les troupes vietminh utilisaient pour traverser, de longs tapis en bambou tressé qu’ils posaient sur des bancs de sable ou bordés de bidons en plastique faisant office de flotteurs.
L’après-midi est consacré à la visite de Sop Nao, à 40 km, ancienne piste reliant Dien Bien Phu.
A suivre...