Chronique Laotienne 6/6
Par Lt-colonel (TE-er) Antoine Marquet
Après un agréable parcours ferroviaire nous revoici à Vientiane où nous nous installons à l’hôtel Le Charme. Nous avons l’impression d’être en 1950 dans cet hôtel vintage, avec des chambres immenses et où, comme dans tous les autres hôtels, le lit peut recevoir 3 ou 4 personnes !
Nous avons passé la journée à visiter temples et un musée. Déjeuner dans un petit restaurant tenu par un Français. Le tintement du micro-ondes nous laissait deviner des plats réchauffés mais savoureux et de bonne qualité.
Dans l’après-midi nous avons continué nos visites jusqu’au soir.
Après l’apéritif du soir qui s’est prolongé en dîner, Jean nous a découvert un très élégant bistrot situé au premier étage d’un bâtiment tout à fait anonyme. Une ambiance feutrée et une lumière tamisée habitent les différentes petites salles du bistrot qui possède un îlot central où du personnel efficient et nombreux prépare les cocktails les plus exquis ou sert les whiskies les plus recherchés. J’avoue, sans être grand buveur, que si j’habitais Vientiane je deviendrais un habitué de ce bistrot !
Après un agréable parcours ferroviaire nous revoici à Vientiane où nous nous installons à l’hôtel Le Charme. Nous avons l’impression d’être en 1950 dans cet hôtel vintage, avec des chambres immenses et où, comme dans tous les autres hôtels, le lit peut recevoir 3 ou 4 personnes !
Nous avons passé la journée à visiter temples et un musée. Déjeuner dans un petit restaurant tenu par un Français. Le tintement du micro-ondes nous laissait deviner des plats réchauffés mais savoureux et de bonne qualité.
Dans l’après-midi nous avons continué nos visites jusqu’au soir.
Après l’apéritif du soir qui s’est prolongé en dîner, Jean nous a découvert un très élégant bistrot situé au premier étage d’un bâtiment tout à fait anonyme. Une ambiance feutrée et une lumière tamisée habitent les différentes petites salles du bistrot qui possède un îlot central où du personnel efficient et nombreux prépare les cocktails les plus exquis ou sert les whiskies les plus recherchés. J’avoue, sans être grand buveur, que si j’habitais Vientiane je deviendrais un habitué de ce bistrot !
Nous rejoignons notre hôtel mais pas nos chambres. Nous nous installons dans la minuscule terrasse du bar de l’hôtel pour que Jean-Pierre, qui a épuisé son stock de cigares que j’avais achetés à Dubaï à son intention, nous empoisonne encore dans les voulûtes de ses cigarettes en savourant une dernière bière dans le calme nocturne de cette rue.
30 janvier 2024
08 h 00
Nous nous retrouvons dans la salle du petit déjeuner pour un dernier repas groupé. Nous sommes heureux de ce voyage, de ces retrouvailles, et de notre aventure sur les traces de nos malheureux mais vaillants anciens. 70 ans après, aucun de nous ne se permettrait de porter un jugement sur les événements, l’exécution des ordres, et l’action des états-majors ; nous nous bornons à saluer leur mémoire, leur courage, leur engagement et à regretter profondément le silence qui a régné et qui régnait encore sur la disparition du 2e bataillon du 3e étranger.
A l’époque le seul écho donné aux combats liés à cette évacuation venait de l’agence officielle Presse Lao. Elle rend compte à sa manière des événements qui se déroulent dans cette première semaine de février 1954, à 80 kilomètres au sud-ouest de Dien Bien Phu :
« Les incidents de ces derniers jours autour de Mouang Khoua n’ont été que le prélude à une offensive Viêtminh contre le nord Laos. Il ne fait aucun doute que l’ennemi a retiré la division 308 de Dien Bien Phu pour l’envoyer sur le Laos et que ces troupes ont atteint plusieurs zones autour de la Nam Ou et de Mouang Khoua. Les éléments amis stationnés dans cette zone se sont repliés en ordre quand la menace est devenue trop importante, ils ont entamé des combats retardateurs, avec un fort appui aérien, qui se sont révélés fructueux. Plusieurs incidents très sérieux se sont produits hier au sud de Mouang Khoua. Le Viêtminh a subi d’importantes pertes. »
En réalité les « incidents très sérieux » qui se sont produits à 8 kilomètres au sud de Mouang Khoua ont tout simplement vu l’anéantissement du 2e bataillon du 3e REI dans la brousse par 3 bataillons réguliers ennemis. Et en outre il n’y a eu aucun appui aérien pour les soutenir au sol
.
Cette chape de silence qui a couvert cette fin du 2e bataillon du 3e étranger et du 2e bataillon de chasseurs laotiens, puisqu’ils étaient imbriqués avec les légionnaires nous a tracassés. En effet, en règle générale à la Légion on met en avant les faits d’armes où l’esprit de sacrifice a été reconnu : Camerone, El Moungar, Bir-Hakeim, Narvik, Messifre-Rachaya, Dien Bien Phu, RC4 avec le 1er BEP, et tant d’autres… mais là, rien. Silence total.
Est-ce que ce silence ne serait pas en relation avec le fait que le camp retranché de DBP était en phase finale d’installation.
L’un des arguments du Haut Commandement pour justifier le camp retranché était, entre autres, de barrer la route du Laos au Viêtminh. Et voilà qu’un bataillon de légionnaires et de Laotiens se fait étriller au Laos le 31 janvier 1954 à 80 kilomètres seulement de DBP, alors que les affaires sérieuses n’y ont pas encore commencé.
Pourtant une liaison avait été faite du 20 au 25 décembre 1953 de DBP à Sop Nao, à mi-chemin de Mouang Khoua par le 1er BEP et le 8e BPC pour joindre la colonne du commandant Vaudrey partie de Mouang Khoua, démontrant par là que la route du Laos était libre. Elle l’était encore un mois plus tard puisque 3 bataillons de la division 308 vont l’emprunter pour attaquer Mouang Khoua dans la nuit du 30 au 31 janvier. Cette attaque n’aura pas lieu puisque le poste a été évacué dès le 30 janvier dans la matinée. Mais les bataillons Viêtminh vont rattraper l’arrière-garde de la garnison, Légion et Laotiens, et les détruire.
Voilà donc que cette affaire de Mouang Khoua vient mettre à mal au plus mauvais moment la belle théorie de nos stratèges du Haut Commandement. Il n’est pas alors difficile de trouver la raison de ce silence sur les combats de Mouang Khoua. Le moral de DBP était plus important !
Le petit déjeuner a pris fin. Nous remontons dans nos chambres pour récupérer nos sacs à dos. L’heure du départ approche. Jean-Pierre et Jacky doivent prendre un taxi qui les emmènera à la frontière thaïlandaise proche, où ils reprendront un autre taxi qui les conduira à leurs maisons et à leurs familles.
Jean et moi allons prendre aussi un taxi en direction de l’aéroport. Jean rejoindra Bangkok où il est attendu par les siens et moi je m’envolerai vers Hanoï, avant de reprendre la route de Lisbonne.
Une dernière bière sur la terrasse de l’hôtel sous le vent de la fumée des cigarettes de Jean-Pierre. Les taxis arrivent, nous nous donnons l’accolade et promettons de conserver le contact. Déjà une certaine nostalgie m’étreint. En dehors de notre aventure j’ai aimé connaître ce peuple que je n’avais côtoyé que vers la fin des années 70 par l’entremise des 23 officiers laotiens qui avaient fait leurs études dans les écoles militaires de France à laquelle ils demandaient l’asile politique.
Peuple très attachant à l’indolence reconnue, souriant et aimable qui semble, hormis le bas niveau de vie, ne pas souffrir du régime communiste qui gouverne le pays, grandement aidé par la Chine. A part les contrôles d’aéroport, de gares ferroviaires et de sporadiques contrôles par des policiers le long des routes, on ne voit pas de policiers ou soldats dans les villes et les villages. Les Laotiens nous donnent le sentiment de s’en ficher éperdument des discours politiques diffusés par hauts parleurs dès potron-minet dans les bourgades éloignées des grandes villes. Ils commercent, mangent à toute heure, ils s’amusent et on les sent heureux.
30 janvier 2024
08 h 00
Nous nous retrouvons dans la salle du petit déjeuner pour un dernier repas groupé. Nous sommes heureux de ce voyage, de ces retrouvailles, et de notre aventure sur les traces de nos malheureux mais vaillants anciens. 70 ans après, aucun de nous ne se permettrait de porter un jugement sur les événements, l’exécution des ordres, et l’action des états-majors ; nous nous bornons à saluer leur mémoire, leur courage, leur engagement et à regretter profondément le silence qui a régné et qui régnait encore sur la disparition du 2e bataillon du 3e étranger.
A l’époque le seul écho donné aux combats liés à cette évacuation venait de l’agence officielle Presse Lao. Elle rend compte à sa manière des événements qui se déroulent dans cette première semaine de février 1954, à 80 kilomètres au sud-ouest de Dien Bien Phu :
« Les incidents de ces derniers jours autour de Mouang Khoua n’ont été que le prélude à une offensive Viêtminh contre le nord Laos. Il ne fait aucun doute que l’ennemi a retiré la division 308 de Dien Bien Phu pour l’envoyer sur le Laos et que ces troupes ont atteint plusieurs zones autour de la Nam Ou et de Mouang Khoua. Les éléments amis stationnés dans cette zone se sont repliés en ordre quand la menace est devenue trop importante, ils ont entamé des combats retardateurs, avec un fort appui aérien, qui se sont révélés fructueux. Plusieurs incidents très sérieux se sont produits hier au sud de Mouang Khoua. Le Viêtminh a subi d’importantes pertes. »
En réalité les « incidents très sérieux » qui se sont produits à 8 kilomètres au sud de Mouang Khoua ont tout simplement vu l’anéantissement du 2e bataillon du 3e REI dans la brousse par 3 bataillons réguliers ennemis. Et en outre il n’y a eu aucun appui aérien pour les soutenir au sol
.
Cette chape de silence qui a couvert cette fin du 2e bataillon du 3e étranger et du 2e bataillon de chasseurs laotiens, puisqu’ils étaient imbriqués avec les légionnaires nous a tracassés. En effet, en règle générale à la Légion on met en avant les faits d’armes où l’esprit de sacrifice a été reconnu : Camerone, El Moungar, Bir-Hakeim, Narvik, Messifre-Rachaya, Dien Bien Phu, RC4 avec le 1er BEP, et tant d’autres… mais là, rien. Silence total.
Est-ce que ce silence ne serait pas en relation avec le fait que le camp retranché de DBP était en phase finale d’installation.
L’un des arguments du Haut Commandement pour justifier le camp retranché était, entre autres, de barrer la route du Laos au Viêtminh. Et voilà qu’un bataillon de légionnaires et de Laotiens se fait étriller au Laos le 31 janvier 1954 à 80 kilomètres seulement de DBP, alors que les affaires sérieuses n’y ont pas encore commencé.
Pourtant une liaison avait été faite du 20 au 25 décembre 1953 de DBP à Sop Nao, à mi-chemin de Mouang Khoua par le 1er BEP et le 8e BPC pour joindre la colonne du commandant Vaudrey partie de Mouang Khoua, démontrant par là que la route du Laos était libre. Elle l’était encore un mois plus tard puisque 3 bataillons de la division 308 vont l’emprunter pour attaquer Mouang Khoua dans la nuit du 30 au 31 janvier. Cette attaque n’aura pas lieu puisque le poste a été évacué dès le 30 janvier dans la matinée. Mais les bataillons Viêtminh vont rattraper l’arrière-garde de la garnison, Légion et Laotiens, et les détruire.
Voilà donc que cette affaire de Mouang Khoua vient mettre à mal au plus mauvais moment la belle théorie de nos stratèges du Haut Commandement. Il n’est pas alors difficile de trouver la raison de ce silence sur les combats de Mouang Khoua. Le moral de DBP était plus important !
Le petit déjeuner a pris fin. Nous remontons dans nos chambres pour récupérer nos sacs à dos. L’heure du départ approche. Jean-Pierre et Jacky doivent prendre un taxi qui les emmènera à la frontière thaïlandaise proche, où ils reprendront un autre taxi qui les conduira à leurs maisons et à leurs familles.
Jean et moi allons prendre aussi un taxi en direction de l’aéroport. Jean rejoindra Bangkok où il est attendu par les siens et moi je m’envolerai vers Hanoï, avant de reprendre la route de Lisbonne.
Une dernière bière sur la terrasse de l’hôtel sous le vent de la fumée des cigarettes de Jean-Pierre. Les taxis arrivent, nous nous donnons l’accolade et promettons de conserver le contact. Déjà une certaine nostalgie m’étreint. En dehors de notre aventure j’ai aimé connaître ce peuple que je n’avais côtoyé que vers la fin des années 70 par l’entremise des 23 officiers laotiens qui avaient fait leurs études dans les écoles militaires de France à laquelle ils demandaient l’asile politique.
Peuple très attachant à l’indolence reconnue, souriant et aimable qui semble, hormis le bas niveau de vie, ne pas souffrir du régime communiste qui gouverne le pays, grandement aidé par la Chine. A part les contrôles d’aéroport, de gares ferroviaires et de sporadiques contrôles par des policiers le long des routes, on ne voit pas de policiers ou soldats dans les villes et les villages. Les Laotiens nous donnent le sentiment de s’en ficher éperdument des discours politiques diffusés par hauts parleurs dès potron-minet dans les bourgades éloignées des grandes villes. Ils commercent, mangent à toute heure, ils s’amusent et on les sent heureux.
« Si parfois dans la jungle où le tigre vous frôle
Et que n’ébranle plus le recul du canon
Il vous semble qu’un doigt se pose à votre épaule,
Si vous croyez entendre appeler votre nom,
Soldats qui reposez sous la terre lointaine,
Et dont le sang donné me laisse des remords,
Dites-vous simplement : « C’est notre capitaine
Qui se souvient de nous… et qui compte ses Morts »
Capitaine de Borelli « À mes hommes qui sont morts »
FIN