A propos 5
La Légion étrangère et l’art
Par louis Perez y Cid
Depuis plus de deux siècles, la peinture et la sculpture militaires occupent une place singulière dans la création artistique française. Des maîtres comme Horace Vernet (1789-1863), Édouard Detaille (1848-1912) ou Alphonse de Neuville (1835-1885) ont façonné une véritable tradition visuelle où s’entremêlent réalisme historique, exaltation du courage et mémoire des combats. Cette lignée d’artistes a donné naissance à une iconographie puissante, souvent monumentale, qui raconte autant l’évolution de l’armée française que l’esprit de ceux qui la servent.
Depuis plus de deux siècles, la peinture et la sculpture militaires occupent une place singulière dans la création artistique française. Des maîtres comme Horace Vernet (1789-1863), Édouard Detaille (1848-1912) ou Alphonse de Neuville (1835-1885) ont façonné une véritable tradition visuelle où s’entremêlent réalisme historique, exaltation du courage et mémoire des combats. Cette lignée d’artistes a donné naissance à une iconographie puissante, souvent monumentale, qui raconte autant l’évolution de l’armée française que l’esprit de ceux qui la servent.
La Légion étrangère, une source d’inspiration artistique
Parmi ces figures militaires devenues sources d’inspiration, la Légion étrangère occupe une position à part. Corps d’élite au prestige international, elle a suscité l’imaginaire de nombreux peintres, dessinateurs et sculpteurs qui ont cherché à saisir la silhouette du légionnaire, sa rudesse, sa fraternité d’armes et l’intensité des théâtres d’opérations où il s’engage. De Charles Fouqueray à Pierre Benigni, des illustrateurs d’uniformes aux sculpteurs comme Charles-Henri Pourquet, l’art consacré à la Légion mêle exactitude documentaire, souffle épique et respect profond pour la tradition du corps.
Cet héritage artistique, à la croisée du mythe et de la réalité, compose aujourd’hui un ensemble d’œuvres qui témoignent non seulement de l’histoire militaire française, mais aussi de la dimension humaine et universelle du légionnaire. C’est à cette rencontre entre art et mémoire que cet article est consacré.
L'art consacrée à la Légion étrangère
L’anonymat,
une iconographie qui naît avec les campagnes coloniales (années 1830–1880)
Dès sa création en 1831, la Légion étrangère participe aux campagnes d’Algérie. Ces théâtres d’opérations attirent rapidement des peintres militaires spécialistes du “pittoresque africain”.
Si la Légion n’est pas encore représentée comme un sujet autonome, elle apparaît déjà dans les grandes compositions des peintres voyageant avec l’armée, notamment Horace Vernet, dont les scènes de batailles et de colonnes en marche posent les bases visuelles des premiers légionnaires au sein de l'armée d’Afrique : uniformes rudes, soleil écrasant, marches interminables, scènes de bivouac et notamment la prise de Constantine (1837).
Charles Fouqueray (1869-1956), Illustrateur de revues militaires, affichiste, peintre d’histoire, mais aussi peintre officiel de la Marine, n’est pas principalement identifié comme un « peintre de la Légion », mais il a bien produit des représentations de la Légion étrangère, intégrées à son travail sur l’armée française outre-mer mais également sur la guerre 14-18.
1920–1960: l’âge d’or de la représentation légionnaire
C’est la naissance d’une esthétique légionnaire fondée sur la dureté du terrain, l’exotisme des lieux et la solidarité entre combattants. Cette période voit l’émergence d’une véritable iconographie identitaire.
En peinture :
Le légionnaire devient reconnaissable entre tous, képi blanc, tenue saharienne, silhouette massive, présence dans les paysages désertiques ou montagneux.
Les campagnes du Maroc, du Levant, puis d’Indochine inspirent de nombreux artistes militaires et illustrateurs .
Maurice Mahut 1878-1929 est surtout connu pour ses peintures et illustrations militaires et fut le peintre attitré de la Légion étrangère. Il réalisera les esquisses du monument aux mort de la légion étrangère que le sculpteur Charles-Henri Pourquet réalisera en1931.
Pierre Benigni (1878-1956) élève d'Edouard Detaille, devient, après Maurice Mahut, le peintre militaire attitré de la Légion et immortalise les régiments à pied, les compagnies montées ainsi que les régiments de cavaliers.
Ses œuvres, devenues emblématiques, représentent les légionnaires au combat, en marche ou dans des scènes de vie quotidienne, toujours avec une grande sensibilité pour la dimension humaine du soldat.
Il a réalisé toutes les illustrations de l’édition 1931 du Livre d’or de la Légion étrangère (1831–1931).
Ses œuvres, devenues emblématiques, représentent les légionnaires au combat, en marche ou dans des scènes de vie quotidienne, toujours avec une grande sensibilité pour la dimension humaine du soldat.
Il a réalisé toutes les illustrations de l’édition 1931 du Livre d’or de la Légion étrangère (1831–1931).
Louis Frégier (1929-2014) Nommé très jeune Peintre de l'Armée - Terre, il est principalement connu pour ses dessins militaires, sa spécialité est le Premier Empire, la guerre de 14. Professeur d'arts plastiques, il a enseigné pendant dix-sept années (1951-1968) à l'école normale d'Aix-en-Provence. C'est l’illustrateur de la première édition en 3 tomes « Honneur et fidélité.C’est la Légion » édition 1969, ouvrage de Louis Gaultier et Charles Jacquot.
Sculpture et céramique de la Légion Etrangère.
De nombreux sculpteurs connus ou poins connus ont réalisé des œuvres sur la Légion Étrangère, comme par exemple André PALTRIE (1938-2016) Sculpteur et peintre officiel de l armée.
Nous parlerons ici de deux sculpteurs, modeleurs et céramistes qui ont consacré une grande partie de leur vie exclusivement à l'art légionnaire.
Rudy Just, d'origine allemande, ancien sous officier de la légion, devient céramiste officiel de la légion. D’abord à Sidi Bel Abbés, puis il suit le régiment à Aubagne en 1962.
Il réalisera une multitude de peintures, statues iconiques et céramique pour toutes les unités légion et notamment pour la Maison Mère à Aubagne, qui sont encore aujourd’hui des symboles.Durant trois décennies, aucun légionnaire n'ignorait les œuvres de Monsieur Just.
Guy Paris. Diplômé des Beaux Arts de Marseille. Après son service militaire au Maroc et en Algérie, il est employé, en 1957, par l'Institution des Invalides de la Légion Étrangère (IILE) à Puyloubier pour créer un atelier céramique, au profit des pensionnaires invalides. Prévu pour un court terme, il y restera jusqu'en 2000.
Sous sa direction, l'atelier céramique a vu le jour et petit à petit, avec patiente et générosité, il a réussit le tour de force de faire de nos anciens légionnaires, marqués par les guerres, des santonniers et artisans céramistes. Monsieur Paris est devenu un pilier de l'Institution.
Après 43 ans d'activité, à former des céramistes, créer des œuvres et innové dans la céramique d'art inspiré de la légion, il a pu transmettre un atelier de qualité, reconnu dans toute la légion et bien au delà.
Artiste d'une grande rigueur, il est distingué par le titre de Meilleur Ouvrier de France (MOF) 1988 (date de mémoire).
Aujourd'hui,en 2025, à 90 ans il passe une journée par semaine à l'atelier pour aider bénévolement. Un bel esprit de solidarité légionnaire.
Sous sa direction, l'atelier céramique a vu le jour et petit à petit, avec patiente et générosité, il a réussit le tour de force de faire de nos anciens légionnaires, marqués par les guerres, des santonniers et artisans céramistes. Monsieur Paris est devenu un pilier de l'Institution.
Après 43 ans d'activité, à former des céramistes, créer des œuvres et innové dans la céramique d'art inspiré de la légion, il a pu transmettre un atelier de qualité, reconnu dans toute la légion et bien au delà.
Artiste d'une grande rigueur, il est distingué par le titre de Meilleur Ouvrier de France (MOF) 1988 (date de mémoire).
Aujourd'hui,en 2025, à 90 ans il passe une journée par semaine à l'atelier pour aider bénévolement. Un bel esprit de solidarité légionnaire.
1960–2000, des artistes anciens légionnaires
Nous parlons là de trois artistes légionnaires, célèbres ou moins célèbres, qui ont œuvré modestement durant de très nombreuses années pour l'image et l'art de la légion.
Le peintre Andréas Rosenberg né en1906 à Czernowitz, dans l'Empire austro-hongrois où il passe les 30 premières années de sa vie. Docteur en droit de l’université de Vienne et stagiaire de l’école des arts appliqués, il s’oriente rapidement vers le dessin de mode masculine.
Au fil de sa longue vie, il a longtemps mené de front trois disciplines artistiques, dessinateur de mode masculine, peintre officiel de l’armée française et dessinateur de bandes dessinées. Il décède en 2002 à Paris.
Jeune homme, Il travaille principalement pour l’étranger, l’Italie, puis la France.
Lorsque la guerre éclate, il s’engage en 1939 pour cinq ans dans la Légion étrangère.
Il est basé en Algérie à Sidi Bel Abbes,avec son ami et peintre célèbre Hans Hartung . Grâce à un colonel aquarelliste amateur, il peut organiser une première exposition de ses œuvres à Alger. Dès 1944, il obtient un contrat officiel de peintre aux armées, fonction qu’il conservera jusqu’à son décès.
Après avoir réalisé de nombreuses aquarelles sur l’armée d’Afrique, démobilisé, il poursuit cette activité après-guerre, doté d’une belle notoriété.
Il sera l’un des artisans majeurs de l’identité visuelle de la Légion d'après guerre. Il fixera, notamment, le style de la grenade à sept flammes de la légion, toujours en vigueur.
Rudy Burda, (1929- 1991) d'origine autrichienne, ancien adjudant-chef de la légion, illustrateur officiel à la revue képi blanc, il y était attaché de tel manière que beaucoup n'imaginaient le soldat qu'il avait été. Peu, sans doute, savaient qu'il avait sauté sur Dien Biên Phû , il n'en parlait jamais.
Dans ses illustrations d' articles, ses titrages, pages d'humour, affiches, son style éclate dans la propreté et la rigueur du trait, le comique des caricatures.
Ses personnages ne sont jamais méchants, l'humour jamais cruel parce que l'auteur est de caractère sociale et amicale. Durant une trentaine d'années toute la légion connaissait l’humour de Burda.
Au 5° Étranger, sur l'Atoll de Mururoa, il a réaliser une immense fresque sur le mur Océan avec l'aide de quelques punis et d'un vieux GMC qui lui servait d'échelle et de transport pour ses pots de peinture. La place d'armes est devenue plus belle que jamais pour la grande joie des légionnaires.
Dans le Pacifique, des vestiges de la fresque subsistent encore, malgré l'abandon et les intempéries.
Dans ses illustrations d' articles, ses titrages, pages d'humour, affiches, son style éclate dans la propreté et la rigueur du trait, le comique des caricatures.
Ses personnages ne sont jamais méchants, l'humour jamais cruel parce que l'auteur est de caractère sociale et amicale. Durant une trentaine d'années toute la légion connaissait l’humour de Burda.
Au 5° Étranger, sur l'Atoll de Mururoa, il a réaliser une immense fresque sur le mur Océan avec l'aide de quelques punis et d'un vieux GMC qui lui servait d'échelle et de transport pour ses pots de peinture. La place d'armes est devenue plus belle que jamais pour la grande joie des légionnaires.
Dans le Pacifique, des vestiges de la fresque subsistent encore, malgré l'abandon et les intempéries.
Louis Perez y Cid, votre serviteur. Peu de choses à ajouter qui n'est dans la biographie sur ce site. Sinon qu'Andréas Rosenberg me conseilla pour l'aquarelle et mon ami Burda me forma au dessin humoristique et à la mise en page de la revue képi blanc, dont je fut, après lui, l'illustrateur officiel.
Bien plus tard, Guy Paris m'enseigna pendant deux ans, l'art de la terre et du feu, la céramique, afin de prendre sa succession à l'atelier de l'IILE.
Bien plus tard, Guy Paris m'enseigna pendant deux ans, l'art de la terre et du feu, la céramique, afin de prendre sa succession à l'atelier de l'IILE.
2000 à aujourd'hui.
Les peintres officiels des armées.
Yong-Man Kwon et Evguenii Pomonarev deux artistes confirmés devenus légionnaires ont , entre autre, servi successivement comme illustrateur officiel à la revue Képi blanc .
A la fin de leurs contrats ils ont postulé et obtenu le titre de peintres officiels des Armées.
Paul Anastasiu, sculpteur à l'origine, a servit au 1°REG. A son départ et part l'influence du peintre Louis Frégier il a postuler et obtenu le titre de peintres officiels des Armées.
Trois peintres très différents, qui font la fierté de la légion et que vous pouvez découvrir mieux que nous ne le ferons ici, en cliquant sur les noms des artistes ci-dessous.
1. Le peintre Yong-Man Kwon. Peintre officiel des armées, peintre officiel de la marine et peintre officiel de l'air et de l'espace
2. Le peintre Paul Anastasiu. Peintre officiel des armées.
3. Le peintre Evguenii Pomonarev. Peintre officiel des armées.
N'oublions pas deux épouses d'anciens de la Légion Étrangère.
1. La sculpteur Anne-Marie Guignon-Moretti. Peintre officiel des armées. Épouse du général Guignon
2. La peintre Isabelle Maury. Peintre officiel des armées . Veuve du LCL Lanteres
1. La sculpteur Anne-Marie Guignon-Moretti. Peintre officiel des armées. Épouse du général Guignon
2. La peintre Isabelle Maury. Peintre officiel des armées . Veuve du LCL Lanteres
Aujourd’hui.
L’art consacré à la Légion étrangère oscille entre tradition et renouveau
Les peintres officiels des Armées continuent de représenter les missions modernes du corps (Tchad, Balkans, Afghanistan, Sahel).
De nouveaux illustrateurs, souvent spécialisés dans l’uniformologie ou dans l’art militaire narratif, perpétuent l’héritage visuel de la Légion.
La Légion comme patrimoine artistique
La Légion étrangère est désormais un véritable objet d’art et de mémoire, dont les codes visuels, le képi blanc, la tenue, les gestes, sont reconnus internationalement et continuent d’inspirer artistes contemporains, peintres et sculpteurs.
La Photographie, la mémoire en images.
Plus proche de nous, la photographie a permis de saisir la réalité de la vie légionnaire. Des clichés de terrain aux portraits intimistes, elle raconte ce que les mots seuls ne peuvent exprimer.
Faisons honneur ici à Sabine Filibertho, civile, employée au 1er REC depuis plus de trois décennies. Sa collection de photos raconte l'histoire de ce célèbre régiment légion depuis plus de trente ans.
L’art des anciens légionnaires, une mémoire vivante.
Beaucoup d’anciens légionnaires deviennent artistes après leur service, amateur ou professionnels. Leur art est souvent marqué par leur expérience militaire, mêlant souvenirs, émotions et recherche de sens.
Chez Édition Légion Arts, notre ambition est de donner une visibilité nouvelle à ces artistes, en diffusant leurs œuvres, quelles soient sur la légion ou pas, et en créant un espace d’expression unique.
Pourquoi collectionner l’art lié à la Légion ?
Pour trois raisons : préserver un patrimoine culturel et historique, posséder des pièces uniques, souvent chargées d’histoire et soutenir directement les artistes anciens légionnaires, Français d'adoptions pour la plupart, qui défendent les valeurs de ce pays.
In fine
La Légion étrangère est plus qu’une force militaire, c’est une source d’inspiration artistique universelle. En peinture, en sculpture ou en photo, elle continue de vivre à travers les créations de ceux qui l’ont connue ou admirée.